Je viens de finir « Le bal des folles » de Victoria Mas (eh oui la fille de la chanteuse des années 80 Jeanne Mas !).
Si l’époque et le thème peuvent rappeler un peu « La salle de bal » de Anna Hope (que j’avais beaucoup aimé d’ailleurs) je n’ai pas ressenti la redondance ni la périssologie de l’histoire. J’ai beaucoup aimé (presque adoré et je vous dirai pourquoi après) ce petit roman, le premier roman d’ailleurs de Victoria Mas qui n’a pas choisi un sujet facile pour rentrer dans le monde littéraire.
Fin du XIXème siècle, l’Hôpital de la Salpêtrière à Paris est à la fois hôpital et prison pour femmes. Bâtiment à l’histoire importante et puissante pour Paris puisque resté longtemps le plus grand hospice du monde et berceau de nombreuses inventions et expérimentations médicales plus ou moins probantes. En 1885, à la mi-Carême et comme depuis plusieurs années tous les regards se tournent vers l’Hôpital. Sous l’impulsion de la sommité mondaine (et précurseur de la neurologie) le docteur Jean-Martin Charcot se déroule le « bal des folles ».
Comment ne pas frissonner en lisant le portrait de ces femmes internées ici. Les raisons (parfois si ridicules) invoquées par les hommes (maris, pères ou frères) pour « enfermer », souvent par force et violence, une femme, une sœur ou une mère dans cet établissement sont abominables et font froid dans le dos. Toutes ces femmes cataloguées « folles » sont excuses à expérimentations, expériences, abus et autres tortures de la part des pontes en médecine de l’établissement. Outre le fameux docteur Charcot on rencontre ici également de grands noms de la médecine (les docteurs Sigmund Freud, Joseph Babinski, Gilles de la Tourette…) pour qui ces « cobayes vivants » ne valent pas plus qu’un animal pour faire leurs recherches. Le bal annuel soi-disant « récompense » pour ces femmes n’est en fait que prétexte pour la Presse, les bourgeois et autres habitués des mondanités parisiennes en mal de sensations pour assister à cette « fête » incontournable et ainsi avoir tout loisir de fantasmer devant ces « malades ».
Victoria Mas peut rentrer pour moi avec fière allure dans le monde littéraire. Le sujet traité comme je l’ai dit est délicat et périlleux mais pour un premier roman c’est un coup d’essai réussi. Je disais donc presque « adoré » car j’ai ressenti dans l’écriture de Victoria Mas quelques retenues, une hésitation frémissante et une touchante timidité. Il ne manquait pour moi pas grand-chose pour en un faire un roman coup de poing et coup de cœur. On est révolté, dégouté, plein d’empathie pour ces femmes j’attendais un peu plus d’affirmation, de puissance et d’assurance dans l’écriture mais encore une fois c’est un premier roman et l’engagement et l’audace du sujet me permettent d’espérer la naissance d’une future grande écrivaine.
Un magnifique réquisitoire contre les violences masculines faites aux femmes, impeccablement placé dans cette mouvance féministe actuelle et une opportunité pour nous de réaliser que la place des femmes a quand même fort heureusement grandement changé depuis cette époque (vu mon caractère et indépendance il est fort à parier que j’aurai fini internée à cette époque 😊). En même temps la chanson qui a rendu sa mère célèbre était déjà une ode à la femme libre et indépendante, Victoria a donc de qui tenir ! Hâte de lire son prochain roman voir si l’essai est transformé.

























