Mes lectures

« La fabrique de poupées » d’Elizabeth Macneal

Je viens de finir « La fabrique de poupées » de Elizabeth Macneal. Déjà visuellement attirée par la couverture très « cabinet de curiosité » je ne pouvais qu’avoir envie de lire ce roman se déroulant à Londres pendant l’époque victorienne et à la veille de la première Exposition Universelle.

Effectivement tout y est « presque » réuni pour passer un excellent moment de lecture, de l’originalité, des personnages atypiques et un peu de suspens si ce n’est une histoire un peu cousue de fil blanc… Les 2 sœurs, héroïnes principales du roman ne sont finalement pas les personnages les plus attachants du livre, on préférera Albi le gamin débrouillard et sans le sou, voir le personnage de Silas malsain taxidermiste dont la boutique vous donne des frissons dans le dos.

C’est vrai les descriptions du Londres de 1850 avec ses rues insalubres, ses personnages à la Dickens et ses odeurs nous prenant à la gorge sont bien rendues, cependant il reste un petit goût d’amertume quant aux « héros » de l’histoire. On voit bien ici qu’il s’agit d’un premier roman, Macneal ne pousse pas encore assez loin la psychologie des personnages et la fin se devine longtemps à l’avance cependant j’ai beaucoup apprécié l’environnement, l’importance majeure des Arts ici mise en exergue (les techniques et descriptions de peintures m’ont beaucoup intéressées) et la difficulté des femmes à percer dans ces domaines.

C’est plein d’espoirs et de désillusions, de joie et de tristesse, d’aisance et de précarité, de morbidité et d’épanouissement bref plein de sentiments qui se bousculent dans ce petit roman très agréable à lire et très prometteur pour son auteure. Je le conseille donc pour l’ambiance, l’originalité du fond, l’ode à l’émancipation et à la liberté, et l’habile description de la mince pellicule existante entre folie et obsession…

Finalement le titre aurait dû être « la boutique du taxidermiste » tant on y passe plus de temps que dans la fabrique de poupées mais le titre en aurait rebuté plus d’un (ou plutôt plus d’une) … Ah oui ! je déconseille de lire la quatrième de couverture qui du coup dévoile trop l’histoire et laisse peu de place au suspens et à l’imagination.

Well done Miss !

Mes lectures

« Dans les brumes de Capelans » de Olivier Norek

Je viens de finir « Dans les brumes de Capelans » de Olivier Norek. Troisième roman de Norek que je lis (après 2 en demi-teinte : « impact » et « Entre deux monde »). Je m’attendais à être encore mitigée à la lecture de celui-ci mais, est-ce l’effet après « Archipel du Goulag » ?, j’ai été agréablement surprise. En effet peut-être ai-je tellement « souffert » après Soljenitsyne que ce roman m’a paru plutôt captivant !

Pourtant partant d’une base très classique et basique (le combo « enlèvement-séquestration-meurtres-retrouvailles-représailles) ce roman policier s’est avéré très efficace et relativement palpitant. Cette fois Norek s’est attelé à creuser le profil de ses protagonistes et c’est tant mieux, c’est ce que je lui reprochais jusqu’à présent. Oui, certes, on retrouve le profil bien cliché du flic atrabilaire, asocial et solitaire qui finalement baisse la garde et de la victime blessée meurtrie et fermée qui finalement cache bien son jeu mais l’histoire est bien ciselée travaillée, nettement moins invraisemblable que ses romans lus précédemment avec une fin inattendue qui délivre son petit lot de surprise bien intéressant. On voit ici enfin que le passé d’ancien policier de Norek prend toute sa légitimité.

Mention particulière à la localisation de l’histoire qui se passe à St Pierre et Miquelon (le lieu est déjà pour moi mystique à la base) dont l’originalité des paysages et de la vie insulaire apporte une touche de caractère non négligeable au roman.

Je conseille donc ce petit roman policier parfait pour l’été ; pas le roman du siècle d’accord mais indéniablement une bouffée d’air frais (St Pierre et Miquelon n’est pas loin du Canada en même temps !) agréable et efficace.

architecture

« Maison fond »

Démontée en 2021 pour cause de mauvais état de la structure la Maison Fond était une œuvre de Leandro Erlich visible devant la gare du Nord à Paris depuis 2015. Haute de 6,90 mètres, elle symbolisait un immeuble parisien en train de fondre et avait pour objectif de sensibiliser le monde aux effets du réchauffement climatique. Bon… l’effet escompté n’a visiblement pas fonctionné 🙂

Mes lectures, Non classé

« L’archipel du goulag » de Alexandre Soljenitsyne

Je viens de finir « L’archipel du Goulag » Tome 1 et 2 de Alexandre Soljenitsyne. Grand classique de la littérature Russe (l’ouvrage serait même étudié en classe russe de nos jours). Bon… pour être honnête je pensais lire un « roman » ou tout du moins l’histoire romancée de l’auteur pendant son séjour en camps de travail mais pas du tout… Il s’agit plus ici d’une documentation sur l’Histoire des « Goulag » (« Goulag » qui est, chose que j’ai apprise, un acronyme : Glavnoïé oupravlénié laguéreï, qui signifie « Administration principale des camps ») et la « vie » (on parle là plutôt de survie) à l’intérieur des camps de 1918 jusqu’en 1956.

La première partie « l’industrie pénitentiaire », est sans doute pour moi la plus difficile à appréhender et la plus hallucinante. On y découvre avec horreur les vagues d’arrestations massives et sauvages de centaines de milliers d’individus (hommes ou femmes) à qui on attribuera un motif plus ou moins fallacieux pour être arrêtés et jetés en prison. C’est tout simplement délirant à lire et en même temps très bien analysé et expliqué par Soljenitsyne dont le travail sur l’Histoire du peuple Russe et ses dirigeants est remarquable.

Les prétextes les plus farfelus sont caution à déportation et ainsi permettre d’alimenter les prisons Russes. S’ensuit alors une liste (non exhaustive) de multitudes de tortures, sévisses ou expérimentations toutes plus abominables les unes que les autres sur ces pauvres prisonniers… la lecture devient alors parfois difficilement soutenable (mais ce sont exactement les informations que je souhaitais lire).

La vie en « cellule » est exécrable on s’en doutait mais il est difficile d’imaginer à quel point sans avoir lu ce livre…

Cette première partie est également fortement documentée et détaillée (des dizaines de pages) de rapports de procès publics ; passages dont je dois avouer avoir sauté quelques pages, ces procès relatés ne pouvant être appréhendés et appréciés à mes yeux que par des passionnés d’histoire juridique Russe des années 20 !.

Le passage sur la « peine de mort » ponctue cette première partie sur les conditions de détention. Il est incroyable de lire que pour certains prisonniers des grâces (voire des réhabilitations complètes) sont appliquées de façon imprévisible (et à discrétion), alors que d’autres seront exécutés ce qui conduit les condamnés à rester dociles et à ne pas se révolter jusqu’à la décision.

Cette première partie se termine sur les conditions extrêmes de la vie en cellule avant la déportation au Goulag, conditions très fluctuantes d’une année à l’autre et d’une prison à l’autre (tout y est détaillé du poids de la ration de pain aux minutes de promenade…)

La seconde partie est principalement consacrées aux convois et aux conditions de transit par voies ferroviaires, fluviales (voire pédestres) des prisonniers vers les camps du Goulag. Passage extrêmement détaillé où on découvre des moments encore plus difficiles que la vie en cellules et tout comme les prisonniers dans leurs wagons on étouffe un peu sous cette charge de détails. Les survivants de ces voyages devant même parfois finir de construire eux-mêmes les voies ferrées pour permettre à « leurs » trains d’arriver jusqu’aux camps…

Cette seconde partie se terminant par un passage plus autobiographique (enfin !) sur les conditions personnelles de Soljenitsyne qui, on pourra le remarquer, seront nettement plus clémentes que pour la grande majorité des autres prisonniers du fait de son statut.

La troisième partie est consacrée à l’extermination par le travail. La genèse des camps de travaux forcés, les conditions inhumaines de travail, l’humiliation, les tortures extrêmes des « travailleurs »… Il est difficile de se plaindre après la lecture de ces passages sur nos conditions de travail de nos jours…  Même si on le fait quand même…

Ensuite toute la partie est consacrée à la construction des camps ou autres ouvrages et chantiers titanesque russes construits par les prisonniers eux-mêmes. Les conditions de travail des hommes, des femmes, des animaux mais également des surveillants et gardiens y sont largement décrites tout comme le chapitre intéressant sur le « monde civil » gravitant aux alentours des camps.

La quatrième partie, la plus rébarbative pour moi (avec de longs passages de réflexions sur le droit pénal en URSS et la rétroactivité des lois) m’a convaincue de ne pas lire le tome 3… surtout après plusieurs mois passés sur ces 2 tomes ou chaque page est aussi lourde à lire que le poids que pouvaient porter les « travailleurs » des camps (j’exagère bien sûr). Pour vous donner mon sentiment je suis bien contente (soulagée serait un mot plus juste) d’avoir lu ces 2 tomes pour y avoir découvert au sens cruel du terme la « vie » en prison et dans les camps de travail en URSS mais en même temps frustrée et mitigée tant la lecture lourde et finalement redondante est difficile. Il ne s’agit presque que de faits rapportés et de témoignage entendus par Soljenitsyne qu’il nous relate et non son expérience personnelle (qui en fait était nettement moins difficile que pour les autres prisonniers). Le style d’écriture assez lourd (mais peut-être la traduction y est pour quelque chose) et l’accumulation de témoignages rendent la lecture assez pesante et même si je ne cherchais aucun « divertissement » dans cette histoire je me suis battue pour finir ces 2 livres. En même temps pour comprendre ce qu’ont enduré les habitants des Goulag ne faut-il pas non plus souffrir un peu pour connaitre leurs histoires ?

Bref ; à lire si vraiment on veut avoir une connaissance poussée de l’autorité russe du XXème siècle et de leurs actions répressives et/ou si on a le cœur bien accroché… On comprend aisément l’audace et le courage dont a dû faire preuve Alexandre Soljenitsyne pour lancer un tel pavé dans la marre en 1973 !

Mes lectures

« Les yeux du Rigel » de Roy Jacobsen

Je viens de finir « les yeux du Rigel » de Roy Jacobsen, troisième et dernier opus de la saga Ingrid Barrøy après « Les invisibles » et « Mer blanche ». Quel plaisir de retrouver Ingrid que l’on suit depuis le premier tome et dont la vie réserve tant d’embuches. Vous le savez j’ai eu un véritable coup de cœur pour cette histoire touchante et impitoyable.

Partagée entre le plaisir de lire ce livre et la tristesse de savoir qu’il sera le dernier du cycle je me suis plongée de nouveau dans l‘ambiance norvégienne et me suis plaquée à Ingrid pour l’épauler dans cette nouvelle aventure.

Sans dévoiler le secret de cette dernière histoire nous sommes maintenant en 1946 et Ingrid se lance dans une quête effrénée. Cet accomplissement sera déterminant et décisif pour poursuivre sa vie et y trouver un sens. C’est une quête pour l’amour, pour la vérité, pour la vie, Sa Vie et on ne peut qu’espérer qu’Ingrid trouvera les réponses aux questions qu’elle se pose… et nous avec !

Sur un fond historique de fin de seconde guerre mondiale dont les cicatrices tardent à se refermer Ingrid nous dévoile une Norvège intime et déchirée dont ses habitants luttent pour une vie rugueuse et âpre.

Quelle puissance se dégage de ce dernier tome ! j’avais adoré les 2 premiers (pour d’autres raisons car même si les 3 ambiances ont une base similaire les histoires sont radicalement différentes) mais celui-ci puise encore plus profondément dans nos sentiments et notre cœur déborde d’espoir et d’espérance pour Ingrid.

A travers ses péripéties, ses rencontres, ses désillusions, entre espoirs et désenchantements l’héroïne cherche des réponses et on ne peut qu’avoir envie de la soutenir et lui apporter toute notre foi.

Magnifique voyage initiatique où les blessures indélébiles du cœur et les plaies béantes de l’âme ne demandent qu’à se refermer, où l’amour immuable ne souffre plus de frontières, où la foi en l’Homme est inébranlable.

La fin du roman tel un coup de poing sur la nuque m’a coupé le souffle par surprise et est juste parfaite à mes yeux pour m’en tirer les larmes.

A travers l’écriture toujours aussi incisive, épurée et franche de Jacobsen Ingrid nous donne une fois de plus la force, l’obstination et la volonté dont on a besoin pour grandir et son courage sans borne nous inspire un profond respect qui font d’elle la femme moderne et forte que nous aspirons à être. Un magnifique roman une superbe saga que je recommande les yeux (du Rigel) fermés !

Mes lectures

« L’anomalie » de Hervé Le Tellier

Je viens de finir « L’anomalie » de Hervé Le Tellier. J’ai tellement entendu parler de ce livre et de l’originalité du « nœud » de l’histoire que j’avais vraiment hâte de le lire.

Je crois que c’est la première fois que je recule, tergiverse et me creuse autant les méninges pour écrire une critique. Tel un écrivain en mal d’inspiration me voici en pleine souffrance du syndrome de la page blanche… je vais tout de même essayer de vous en expliquer la raison.

Partout je n’ai lu qu’émerveillement et enthousiasme pour ce roman (prix Goncourt 2020 !) alors que je n’ai que moyennement accroché, je suis mitigée, partagée, en pleine confusion… Peut-être n’étais-je pas dans l’humeur qu’il faut pour le lire ou je n’ai pas compris ce que l’auteur a voulu faire passer comme message mais malheureusement j’ai presque des remords à dire que je me suis un peu ennuyée…

La première partie (interminable pour moi) nous brosse le portrait de plusieurs personnages qui ne m’ont malheureusement pas plus intéressé que ça. Les scrupules m’envahissent de vous dire que je n’ai ressenti ni empathie ni affection pour ces protagonistes qui pourtant je le sens auraient pu et dû me toucher. On sent bien qu’il va y avoir une interaction entre eux et on l’attend… on l’attend…

Quand enfin on nous délivre pourquoi nous sommes là on est déjà bien à la moitié du livre. « L’anomalie » dévoilée (moi je ne vous dirai pas le « secret ») est certes inédite, originale et perturbante mais je reste un peu sur ma faim car l’explication me déroute (ou je ne l’ai pas comprise). Cette uchronie perturbante est cependant intéressante car elle nous pousse à nous poser la question (et je suis sûre que chaque lecteur de ce roman se l’est posé) à savoir « que ferais-je faire dans cette situation ? ». C’est vrai cette partie est intéressante pour cela car il est difficile d’imaginer situation plus embarrassante et troublante pour toute personne, son entourage et également d’un point de vue social et éthique pour les « gouvernements » (on se croirait presque parfois dans un Brainstorming de la série « Space Force » – le côté comique en moins quand même 🙂

Donc trop de longueur pour moi, des explications trop confuses et des questions posées pour lesquelles nous n’aurons jamais de réponse…

Cette espèce de frustration que je ressens pour ce livre (autant inconfortable que les perturbations subies par les personnages dans leur avion) me laisse un goût d’amertume dont je n’arrive pas à me défaire. Rhââââ je sens bien que j’ai dû louper quelque chose…   

architecture

Burj Al Babas

Le Complexe immobilier Burj Al Babas commencé en 2014 est situé près de la ville turque de Mudurnu. Les bâtiments sont conçus pour ressembler à des châteaux miniatures.

En 2019 la moitié des 732 villas étaient vendues (entre 370 et 530 000 dollars) mais la crise économique frappant la Turquie le groupe immobilier investisseur Sarot a fait faillite. La dette du groupe s’élève à 27 millions de dollars et le site est maintenant à l’abandon…