Je viens de finir « Le cheval » de Léon TOLSTOÏ.
Petit recueil de 2 nouvelles (« Le cheval » et « Albert ») elles-mêmes tirées du recueil de nouvelles paru à titre posthume « La tempête de neige et autres récits ». « Albert » a été écrit en 1858 et « Le cheval » en 1885.
La première nouvelle « Le cheval » nous raconte l’histoire de « l’Arpenteur », un vieil hongre pie. Il est malmené, bousculé et moqué par les humains et les autres chevaux et juments du troupeau et pourtant… Pourtant j’étais un étalon fort, puissant, altier et solide, ma fougue et ma prestance attiraient les regards des humains et de mes congénères équins malgré ma robe pie qui en gênait certains. J’ai eu une jeunesse dorée et privilégiée jusqu’à…
Tolstoï à travers les yeux du cheval nous raconte la descente aux enfers de l’équidé, ses railleries, ses blessures, sa vieillesse, son isolement… Quelle prouesse d’écriture, quelle modernité, quelle justesse… Je n’ai que rarement lu d’histoire aussi poignante, aussi puissante. Tolstoï a dompté les ressentis du cheval avec poigne et sûreté, son assurance dans les descriptions éprouvées par ce cheval est d’une prouesse remarquable. J’ai été impressionnée par cette aisance à capter la cruelle vision de cette catabase, c’est magistral. Un réel exercice de style dans lequel Tolstoï galope brillamment. Quant à la fin… Je crois que je n’ai jamais été aussi affectée, remuée par une fin d’histoire comme celle-ci. Elle restera gravée en moi par sa dureté, son réalisme et sa résignation… c’est bouleversant de crudité et d’émotions.
La seconde nouvelle « Albert » a toute sa place dans ce recueil puisqu’elle raconte l’histoire d’Albert donc, ancien illustre et grandiose violoniste dont la déchéance est moquée et mise en pâture par la haute société Pétersbourgeoise.
Quand Albert saisit son violon plus rien n’existe que l’émerveillement que procure sa musique, mais ses affres et tourments ne s’éloignent jamais… Le jugement et le regard des autres sont souvent le plus lourd des fardeaux à porter et s’y confronter est parfois invivable. Tolstoï ici encore décrit admirablement les brimades de la vie et l’ignominie des uns face aux faiblesses des autres. On vibre tels les cordes du violon d’Albert, on s’apitoie sur cette funeste mélodie et on ne peut que compatir à cette fatalité. Albert s’accroche à son violon comme on s’accroche à la vie pour ne pas la laisser filer.
Deux nouvelles, deux destins singuliers, un cheval et un violoniste tous deux malmenés et tellement vulnérables… du grand art littéraire !
































































