J’avais déjà lu « La Rivière pourquoi » de DUNCAN, que j’avais beaucoup aimé, je fonçais donc tête baissée (et vivement encouragée) dans la lecture de ce roman.
Les Frères K est une œuvre foisonnante, audacieuse et profondément humaine, un roman qui frappe par son ampleur émotionnelle autant que par son ambition littéraire. Ce n’est pas un récit que l’on traverse distraitement : c’est une immersion, une expérience. Ce qui fait la force du livre, c’est avant tout la manière dont Duncan capte, avec une justesse rare, les mouvements subtils de la vie familiale, entre les frictions du quotidien, les tourments religieux et les élans du cœur.
Le livre se distingue par une écriture généreuse, pleine de vitalité et de tendresse, capable de faire naître des personnages inoubliables (je pense bien sûr à Irwin un des frères, ou les truculentes jumelles) sans jamais sombrer dans la caricature. L’histoire nous est racontée principalement par le plus jeune des frères : Kincaid mais également parfois sous forme de lettres écrites par les frères. Chaque membre de cette famille complexe trouve une voix propre, vibrante, parfois drôle, parfois douloureuse, mais toujours profondément sincère. Certains passages — dans leur intensité émotionnelle ou leur humour désarmant — laissent une empreinte durable, presque physique. On rit, on serre les dents, on s’émeut, souvent dans la même page.
Deux sujets majeurs plantent le décor : La religion qui tient ici un rôle prédominant à travers la mère indéboulonnable pilier de l’église adventiste de la région, et le baseball qui est l’apanage du père et par ricochets les fils qui n’en finissent pas d’admirer leur père infatigable lanceur de balle.
Puisque je parle de baseball, il faut que je vous avertisse : il y a des longueurs ! en particulier dans les pages qui y sont consacrées. Duncan y déploie une passion évidente, et ses métaphores sportives peuvent parfois toucher au poétique, mais pour un lecteur peu sensible à cet univers (comme moi), ces digressions techniques ou métaphysiques autour du lancer parfait, la carrière de tel ou tel joueur ou de la stratégie de jeu peuvent ralentir la lecture (voire ennuyer ou pire faire friser l’abandon de lecture…). Mais c’est vrai, même ces moments ont leur justification : le sport devient, sous la plume de DUNCAN, une sorte de prisme à travers lequel se lit la complexité des relations humaines, de la foi, de l’échec et du pardon.
Là où ce roman excelle, c’est dans ces moments suspendus entre les membres de la famille Chance, dans les petits riens qui deviennent tout, dans les éclats de dialogue, les silences lourds, les regards échappés. Duncan a l’art de faire surgir une forme de beauté dans la banalité, une spiritualité sans dogme, une tendresse sans mièvrerie. On ressort de cette lecture avec le sentiment d’avoir côtoyé de vrais êtres humains, avec leurs failles, leurs convictions, leurs folies et leur courage. Il faut rappeler que nous sommes dans les Etats-Unis des années 60-70 entre folies et exploits, espoirs et acharnements, guerres et traumatismes…
Les Frères K est un roman ample, parfois exigeant, mais toujours sincère et généreux. Un livre qui prend le temps — parfois un peu trop — mais qui, finalement, offre une profondeur et une chaleur rares. Une œuvre marquante, qui se digère et à laquelle on repense longtemps après avoir tourné la dernière page.