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« Tout est possible » d’Elizabeth Strout

Je viens de finir « Tout est possible » d’Elisabeth Strout. J’avais été tellement enchantée par son roman « Olive Kitteridge » que j’avais mis la barre très haut pour cet opus. Dommage je ne savais pas qu’il s’agissait de la suite de « Je m’appelle Lucy Barton » et du coup j’ai lu la suite avant le premier… mais ça ne m’a pas vraiment gêné car ici Elizabeth Strout brosse le portrait de plusieurs personnages et du coup chaque histoire est traitée « indépendamment » comme sous forme de « nouvelles » ou plutôt de chroniques.

Elizabeth Strout telle un Caravage nous peint ici des portraits dont elle maîtrise parfaitement le clair-obscur. La mise en lumière des côtés sombres est parfaitement exécutée et les sentiments ressentis par les personnages sont extrêmement précis et justes. Le point commun de tous ces protagonistes vivant dans le village d’Amgash est la sortie d’un roman autobiographique écrit par une des anciennes habitantes du village et cette parution va réveiller les secrets les plus enfouis des villageois sentant la menace de leurs intimités dévoilées.

C’est un tout petit roman mais comme chaque ligne se déguste on ne reste pas sur sa faim malgré le léger manque d’empathie pour les personnages.

Elizabeth Strout n’a pas sa pareille pour ciseler les portraits de ses personnages, nous plonger dans leur subconscient et révéler leurs blessures, maîtriser l’art du non-dit sur le bout des doigts et dominer l’effet choral impeccablement ; malheureusement les histoires de ce « roman » m’ont moins interpellées. Je n’ai pas été happée comme je l’aurai espéré même si on retrouve son ambiance et écriture habituelle. Il m’a manqué un petit quelque chose. Un roman une nouvelle fois rempli de mélancolie mais avec une fin pleine d’espoir car oui « tout est possible » !  Très bon moment tout de même !

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« Olive Kitteridge »

Je viens de finir « Olive Kitteridge » d’Elizabeth Strout.

Je ne connaissais pas du tout cette auteur (ou autrice !) et je viens de la découvrir à travers ce « roman ». Je mets roman entre parenthèses car il s’agit ici d’un opus polyphonique à la structure particulière. Pas vraiment un roman, pas réellement des nouvelles, pas véritablement des chroniques et en même temps un peu tout ça réuni.

On y suit Olive Kitteridge ancienne prof de math aux abords rudes mais ce ne sont que des abords… quoi que…

Plusieurs saynètes s’y succèdent et permettent ainsi de se focaliser sur les moments importants ou particuliers de la vie d’Olive et son entourage.

J’ai plongé à cœur perdu et sans aucune amarre dans cette histoire dès les premières lignes. L’atmosphère du lieu (le Maine sauvage cher à mon cœur et à celui de Stephen King mais là je m’égare…) et l’attachement profond que l’on ressent pour les personnages font que cette petite pépite est devenue grand joyau dans ma « bibliothèque » personnelle. J’ai immédiatement ressenti une bouffée de gratitude, d’émotions, de bien être profond entremêlé de mélancolie au travers de ces moments d’histoires. Pourtant à y regarder de plus près ces moments sont simples, il ne se passe rien d’extraordinaires et cependant… Tous ces sentiments se sont bousculés en moi à chaque ligne dévorée et une profonde tristesse s’est emparée de moi une fois ce livre fini. Comment ralentir l’inéluctable je ne voulais pas quitter ce livre, je ne voulais pas quitter ce lieu et je ne voulais pas quitter Olive… mais pas le choix.

Je n’aurais peut-être pas ressenti ces frissons en lisant ce livre à une autre période de ma vie mais il est tombé là et ce qu’il m’a procuré restera gravé dans mes coups de cœur littéraires.

Une mini-série en a été adaptée avec entre autre Frances McDormand, Richard Jenkins et Bill Murray (on ne pouvait pas trouver mieux !) je dois voir ça d’urgence !

Prix Pulitzer amplement et plus que mérité ! d’une beauté sincère, profonde et pure ! un petit bijou littéraire pour moi !

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« Le rapport Chinois »

Je viens de finir « Le rapport chinois » de Pierre Darkanian.

Pour son premier roman on peut dire de Darkanian frappe fort ! Si le terme « jubilatoire » devait s’appliquer à un roman ce serait celui-ci ! Ce livre nous plonge dès le début dans une absurde euphorie dont on ne décroche pas avant la dernière ligne. Comment ne pas se rappeler le « brillantissime » Ignatius Reilly de « La conjuration des imbéciles » dont ici le personnage principal (Tugdual Laugier) se rapproche vivement.

La plongée dans le « monde du travail » et ses arcanes (descriptions se voulant pourtant caricaturales tant l’incongruité y est exacerbée) est tellement proche de la réalité qu’on y reconnaît forcément des situations vécues ou des collègues proches (voir soi-même…).

On se croirait immergé dans le monde labyrinthique et obscure du fonctionnariat français et je me revois encore hocher de la tête et sourire de « blasement » tellement les portraits dressés du « système professionnel » y sont décrits avec justesse.

L’ignominie égocentrique et l’incompétence professionnelle du « héros » de l’histoire nous font naviguer entre la détestation et la vénération…

Ce livre est purement exaltant et en même temps tellement démoralisant car on sait bien que certains acteurs de la « vie politique » ou certaines « grandes puissances » professionnelles gouvernent ou donnent des ordres malgré leur impéritie tout en se sentant investis de grandes missions…

Bref, ce roman ciselé à la pointe d’un couteau, affuté comme la lame d’un rasoir est une petite pépite d’humour noir dont on se délecte volontiers, c’est l’apologie du néant, la mise en avant de la bouffonnerie royale, la mise en exergue de la bêtise humaine un voyage dans les limbes du vide intellectuel, bref une ode à l’oisiveté. Ubuesque mais délectant.

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« La fabrique de poupées » d’Elizabeth Macneal

Je viens de finir « La fabrique de poupées » de Elizabeth Macneal. Déjà visuellement attirée par la couverture très « cabinet de curiosité » je ne pouvais qu’avoir envie de lire ce roman se déroulant à Londres pendant l’époque victorienne et à la veille de la première Exposition Universelle.

Effectivement tout y est « presque » réuni pour passer un excellent moment de lecture, de l’originalité, des personnages atypiques et un peu de suspens si ce n’est une histoire un peu cousue de fil blanc… Les 2 sœurs, héroïnes principales du roman ne sont finalement pas les personnages les plus attachants du livre, on préférera Albi le gamin débrouillard et sans le sou, voir le personnage de Silas malsain taxidermiste dont la boutique vous donne des frissons dans le dos.

C’est vrai les descriptions du Londres de 1850 avec ses rues insalubres, ses personnages à la Dickens et ses odeurs nous prenant à la gorge sont bien rendues, cependant il reste un petit goût d’amertume quant aux « héros » de l’histoire. On voit bien ici qu’il s’agit d’un premier roman, Macneal ne pousse pas encore assez loin la psychologie des personnages et la fin se devine longtemps à l’avance cependant j’ai beaucoup apprécié l’environnement, l’importance majeure des Arts ici mise en exergue (les techniques et descriptions de peintures m’ont beaucoup intéressées) et la difficulté des femmes à percer dans ces domaines.

C’est plein d’espoirs et de désillusions, de joie et de tristesse, d’aisance et de précarité, de morbidité et d’épanouissement bref plein de sentiments qui se bousculent dans ce petit roman très agréable à lire et très prometteur pour son auteure. Je le conseille donc pour l’ambiance, l’originalité du fond, l’ode à l’émancipation et à la liberté, et l’habile description de la mince pellicule existante entre folie et obsession…

Finalement le titre aurait dû être « la boutique du taxidermiste » tant on y passe plus de temps que dans la fabrique de poupées mais le titre en aurait rebuté plus d’un (ou plutôt plus d’une) … Ah oui ! je déconseille de lire la quatrième de couverture qui du coup dévoile trop l’histoire et laisse peu de place au suspens et à l’imagination.

Well done Miss !

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« Dans les brumes de Capelans » de Olivier Norek

Je viens de finir « Dans les brumes de Capelans » de Olivier Norek. Troisième roman de Norek que je lis (après 2 en demi-teinte : « impact » et « Entre deux monde »). Je m’attendais à être encore mitigée à la lecture de celui-ci mais, est-ce l’effet après « Archipel du Goulag » ?, j’ai été agréablement surprise. En effet peut-être ai-je tellement « souffert » après Soljenitsyne que ce roman m’a paru plutôt captivant !

Pourtant partant d’une base très classique et basique (le combo « enlèvement-séquestration-meurtres-retrouvailles-représailles) ce roman policier s’est avéré très efficace et relativement palpitant. Cette fois Norek s’est attelé à creuser le profil de ses protagonistes et c’est tant mieux, c’est ce que je lui reprochais jusqu’à présent. Oui, certes, on retrouve le profil bien cliché du flic atrabilaire, asocial et solitaire qui finalement baisse la garde et de la victime blessée meurtrie et fermée qui finalement cache bien son jeu mais l’histoire est bien ciselée travaillée, nettement moins invraisemblable que ses romans lus précédemment avec une fin inattendue qui délivre son petit lot de surprise bien intéressant. On voit ici enfin que le passé d’ancien policier de Norek prend toute sa légitimité.

Mention particulière à la localisation de l’histoire qui se passe à St Pierre et Miquelon (le lieu est déjà pour moi mystique à la base) dont l’originalité des paysages et de la vie insulaire apporte une touche de caractère non négligeable au roman.

Je conseille donc ce petit roman policier parfait pour l’été ; pas le roman du siècle d’accord mais indéniablement une bouffée d’air frais (St Pierre et Miquelon n’est pas loin du Canada en même temps !) agréable et efficace.

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« L’archipel du goulag » de Alexandre Soljenitsyne

Je viens de finir « L’archipel du Goulag » Tome 1 et 2 de Alexandre Soljenitsyne. Grand classique de la littérature Russe (l’ouvrage serait même étudié en classe russe de nos jours). Bon… pour être honnête je pensais lire un « roman » ou tout du moins l’histoire romancée de l’auteur pendant son séjour en camps de travail mais pas du tout… Il s’agit plus ici d’une documentation sur l’Histoire des « Goulag » (« Goulag » qui est, chose que j’ai apprise, un acronyme : Glavnoïé oupravlénié laguéreï, qui signifie « Administration principale des camps ») et la « vie » (on parle là plutôt de survie) à l’intérieur des camps de 1918 jusqu’en 1956.

La première partie « l’industrie pénitentiaire », est sans doute pour moi la plus difficile à appréhender et la plus hallucinante. On y découvre avec horreur les vagues d’arrestations massives et sauvages de centaines de milliers d’individus (hommes ou femmes) à qui on attribuera un motif plus ou moins fallacieux pour être arrêtés et jetés en prison. C’est tout simplement délirant à lire et en même temps très bien analysé et expliqué par Soljenitsyne dont le travail sur l’Histoire du peuple Russe et ses dirigeants est remarquable.

Les prétextes les plus farfelus sont caution à déportation et ainsi permettre d’alimenter les prisons Russes. S’ensuit alors une liste (non exhaustive) de multitudes de tortures, sévisses ou expérimentations toutes plus abominables les unes que les autres sur ces pauvres prisonniers… la lecture devient alors parfois difficilement soutenable (mais ce sont exactement les informations que je souhaitais lire).

La vie en « cellule » est exécrable on s’en doutait mais il est difficile d’imaginer à quel point sans avoir lu ce livre…

Cette première partie est également fortement documentée et détaillée (des dizaines de pages) de rapports de procès publics ; passages dont je dois avouer avoir sauté quelques pages, ces procès relatés ne pouvant être appréhendés et appréciés à mes yeux que par des passionnés d’histoire juridique Russe des années 20 !.

Le passage sur la « peine de mort » ponctue cette première partie sur les conditions de détention. Il est incroyable de lire que pour certains prisonniers des grâces (voire des réhabilitations complètes) sont appliquées de façon imprévisible (et à discrétion), alors que d’autres seront exécutés ce qui conduit les condamnés à rester dociles et à ne pas se révolter jusqu’à la décision.

Cette première partie se termine sur les conditions extrêmes de la vie en cellule avant la déportation au Goulag, conditions très fluctuantes d’une année à l’autre et d’une prison à l’autre (tout y est détaillé du poids de la ration de pain aux minutes de promenade…)

La seconde partie est principalement consacrées aux convois et aux conditions de transit par voies ferroviaires, fluviales (voire pédestres) des prisonniers vers les camps du Goulag. Passage extrêmement détaillé où on découvre des moments encore plus difficiles que la vie en cellules et tout comme les prisonniers dans leurs wagons on étouffe un peu sous cette charge de détails. Les survivants de ces voyages devant même parfois finir de construire eux-mêmes les voies ferrées pour permettre à « leurs » trains d’arriver jusqu’aux camps…

Cette seconde partie se terminant par un passage plus autobiographique (enfin !) sur les conditions personnelles de Soljenitsyne qui, on pourra le remarquer, seront nettement plus clémentes que pour la grande majorité des autres prisonniers du fait de son statut.

La troisième partie est consacrée à l’extermination par le travail. La genèse des camps de travaux forcés, les conditions inhumaines de travail, l’humiliation, les tortures extrêmes des « travailleurs »… Il est difficile de se plaindre après la lecture de ces passages sur nos conditions de travail de nos jours…  Même si on le fait quand même…

Ensuite toute la partie est consacrée à la construction des camps ou autres ouvrages et chantiers titanesque russes construits par les prisonniers eux-mêmes. Les conditions de travail des hommes, des femmes, des animaux mais également des surveillants et gardiens y sont largement décrites tout comme le chapitre intéressant sur le « monde civil » gravitant aux alentours des camps.

La quatrième partie, la plus rébarbative pour moi (avec de longs passages de réflexions sur le droit pénal en URSS et la rétroactivité des lois) m’a convaincue de ne pas lire le tome 3… surtout après plusieurs mois passés sur ces 2 tomes ou chaque page est aussi lourde à lire que le poids que pouvaient porter les « travailleurs » des camps (j’exagère bien sûr). Pour vous donner mon sentiment je suis bien contente (soulagée serait un mot plus juste) d’avoir lu ces 2 tomes pour y avoir découvert au sens cruel du terme la « vie » en prison et dans les camps de travail en URSS mais en même temps frustrée et mitigée tant la lecture lourde et finalement redondante est difficile. Il ne s’agit presque que de faits rapportés et de témoignage entendus par Soljenitsyne qu’il nous relate et non son expérience personnelle (qui en fait était nettement moins difficile que pour les autres prisonniers). Le style d’écriture assez lourd (mais peut-être la traduction y est pour quelque chose) et l’accumulation de témoignages rendent la lecture assez pesante et même si je ne cherchais aucun « divertissement » dans cette histoire je me suis battue pour finir ces 2 livres. En même temps pour comprendre ce qu’ont enduré les habitants des Goulag ne faut-il pas non plus souffrir un peu pour connaitre leurs histoires ?

Bref ; à lire si vraiment on veut avoir une connaissance poussée de l’autorité russe du XXème siècle et de leurs actions répressives et/ou si on a le cœur bien accroché… On comprend aisément l’audace et le courage dont a dû faire preuve Alexandre Soljenitsyne pour lancer un tel pavé dans la marre en 1973 !

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« Les yeux du Rigel » de Roy Jacobsen

Je viens de finir « les yeux du Rigel » de Roy Jacobsen, troisième et dernier opus de la saga Ingrid Barrøy après « Les invisibles » et « Mer blanche ». Quel plaisir de retrouver Ingrid que l’on suit depuis le premier tome et dont la vie réserve tant d’embuches. Vous le savez j’ai eu un véritable coup de cœur pour cette histoire touchante et impitoyable.

Partagée entre le plaisir de lire ce livre et la tristesse de savoir qu’il sera le dernier du cycle je me suis plongée de nouveau dans l‘ambiance norvégienne et me suis plaquée à Ingrid pour l’épauler dans cette nouvelle aventure.

Sans dévoiler le secret de cette dernière histoire nous sommes maintenant en 1946 et Ingrid se lance dans une quête effrénée. Cet accomplissement sera déterminant et décisif pour poursuivre sa vie et y trouver un sens. C’est une quête pour l’amour, pour la vérité, pour la vie, Sa Vie et on ne peut qu’espérer qu’Ingrid trouvera les réponses aux questions qu’elle se pose… et nous avec !

Sur un fond historique de fin de seconde guerre mondiale dont les cicatrices tardent à se refermer Ingrid nous dévoile une Norvège intime et déchirée dont ses habitants luttent pour une vie rugueuse et âpre.

Quelle puissance se dégage de ce dernier tome ! j’avais adoré les 2 premiers (pour d’autres raisons car même si les 3 ambiances ont une base similaire les histoires sont radicalement différentes) mais celui-ci puise encore plus profondément dans nos sentiments et notre cœur déborde d’espoir et d’espérance pour Ingrid.

A travers ses péripéties, ses rencontres, ses désillusions, entre espoirs et désenchantements l’héroïne cherche des réponses et on ne peut qu’avoir envie de la soutenir et lui apporter toute notre foi.

Magnifique voyage initiatique où les blessures indélébiles du cœur et les plaies béantes de l’âme ne demandent qu’à se refermer, où l’amour immuable ne souffre plus de frontières, où la foi en l’Homme est inébranlable.

La fin du roman tel un coup de poing sur la nuque m’a coupé le souffle par surprise et est juste parfaite à mes yeux pour m’en tirer les larmes.

A travers l’écriture toujours aussi incisive, épurée et franche de Jacobsen Ingrid nous donne une fois de plus la force, l’obstination et la volonté dont on a besoin pour grandir et son courage sans borne nous inspire un profond respect qui font d’elle la femme moderne et forte que nous aspirons à être. Un magnifique roman une superbe saga que je recommande les yeux (du Rigel) fermés !

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« L’anomalie » de Hervé Le Tellier

Je viens de finir « L’anomalie » de Hervé Le Tellier. J’ai tellement entendu parler de ce livre et de l’originalité du « nœud » de l’histoire que j’avais vraiment hâte de le lire.

Je crois que c’est la première fois que je recule, tergiverse et me creuse autant les méninges pour écrire une critique. Tel un écrivain en mal d’inspiration me voici en pleine souffrance du syndrome de la page blanche… je vais tout de même essayer de vous en expliquer la raison.

Partout je n’ai lu qu’émerveillement et enthousiasme pour ce roman (prix Goncourt 2020 !) alors que je n’ai que moyennement accroché, je suis mitigée, partagée, en pleine confusion… Peut-être n’étais-je pas dans l’humeur qu’il faut pour le lire ou je n’ai pas compris ce que l’auteur a voulu faire passer comme message mais malheureusement j’ai presque des remords à dire que je me suis un peu ennuyée…

La première partie (interminable pour moi) nous brosse le portrait de plusieurs personnages qui ne m’ont malheureusement pas plus intéressé que ça. Les scrupules m’envahissent de vous dire que je n’ai ressenti ni empathie ni affection pour ces protagonistes qui pourtant je le sens auraient pu et dû me toucher. On sent bien qu’il va y avoir une interaction entre eux et on l’attend… on l’attend…

Quand enfin on nous délivre pourquoi nous sommes là on est déjà bien à la moitié du livre. « L’anomalie » dévoilée (moi je ne vous dirai pas le « secret ») est certes inédite, originale et perturbante mais je reste un peu sur ma faim car l’explication me déroute (ou je ne l’ai pas comprise). Cette uchronie perturbante est cependant intéressante car elle nous pousse à nous poser la question (et je suis sûre que chaque lecteur de ce roman se l’est posé) à savoir « que ferais-je faire dans cette situation ? ». C’est vrai cette partie est intéressante pour cela car il est difficile d’imaginer situation plus embarrassante et troublante pour toute personne, son entourage et également d’un point de vue social et éthique pour les « gouvernements » (on se croirait presque parfois dans un Brainstorming de la série « Space Force » – le côté comique en moins quand même 🙂

Donc trop de longueur pour moi, des explications trop confuses et des questions posées pour lesquelles nous n’aurons jamais de réponse…

Cette espèce de frustration que je ressens pour ce livre (autant inconfortable que les perturbations subies par les personnages dans leur avion) me laisse un goût d’amertume dont je n’arrive pas à me défaire. Rhââââ je sens bien que j’ai dû louper quelque chose…   

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« Le bal des folles » de Victoria Mas

Je viens de finir « Le bal des folles » de Victoria Mas (eh oui la fille de la chanteuse des années 80 Jeanne Mas !).

Si l’époque et le thème peuvent rappeler un peu « La salle de bal » de Anna Hope (que j’avais beaucoup aimé d’ailleurs) je n’ai pas ressenti la redondance ni la périssologie de l’histoire. J’ai beaucoup aimé (presque adoré et je vous dirai pourquoi après) ce petit roman, le premier roman d’ailleurs de Victoria Mas qui n’a pas choisi un sujet facile pour rentrer dans le monde littéraire.

Fin du XIXème siècle, l’Hôpital de la Salpêtrière à Paris est à la fois hôpital et prison pour femmes. Bâtiment à l’histoire importante et puissante pour Paris puisque resté longtemps le plus grand hospice du monde et berceau de nombreuses inventions et expérimentations médicales plus ou moins probantes. En 1885, à la mi-Carême et comme depuis plusieurs années tous les regards se tournent vers l’Hôpital. Sous l’impulsion de la sommité mondaine (et précurseur de la neurologie) le docteur Jean-Martin Charcot se déroule le « bal des folles ».

Comment ne pas frissonner en lisant le portrait de ces femmes internées ici. Les raisons (parfois si ridicules) invoquées par les hommes (maris, pères ou frères) pour « enfermer », souvent par force et violence, une femme, une sœur ou une mère dans cet établissement sont abominables et font froid dans le dos. Toutes ces femmes cataloguées « folles » sont excuses à expérimentations, expériences, abus et autres tortures de la part des pontes en médecine de l’établissement. Outre le fameux docteur Charcot on rencontre ici également de grands noms de la médecine (les docteurs Sigmund Freud, Joseph Babinski, Gilles de la Tourette…) pour qui ces « cobayes vivants » ne valent pas plus qu’un animal pour faire leurs recherches. Le bal annuel soi-disant « récompense » pour ces femmes n’est en fait que prétexte pour la Presse, les bourgeois et autres habitués des mondanités parisiennes en mal de sensations pour assister à cette « fête » incontournable et ainsi avoir tout loisir de fantasmer devant ces « malades ».

Victoria Mas peut rentrer pour moi avec fière allure dans le monde littéraire. Le sujet traité comme je l’ai dit est délicat et périlleux mais pour un premier roman c’est un coup d’essai réussi. Je disais donc presque « adoré » car j’ai ressenti dans l’écriture de Victoria Mas quelques retenues, une hésitation frémissante et une touchante timidité. Il ne manquait pour moi pas grand-chose pour en un faire un roman coup de poing et coup de cœur. On est révolté, dégouté, plein d’empathie pour ces femmes j’attendais un peu plus d’affirmation, de puissance et d’assurance dans l’écriture mais encore une fois c’est un premier roman et l’engagement et l’audace du sujet me permettent d’espérer la naissance d’une future grande écrivaine.

Un magnifique réquisitoire contre les violences masculines faites aux femmes, impeccablement placé dans cette mouvance féministe actuelle et une opportunité pour nous de réaliser que la place des femmes a quand même fort heureusement grandement changé depuis cette époque (vu mon caractère et indépendance il est fort à parier que j’aurai fini internée à cette époque 😊). En même temps la chanson qui a rendu sa mère célèbre était déjà une ode à la femme libre et indépendante, Victoria a donc de qui tenir ! Hâte de lire son prochain roman voir si l’essai est transformé.

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« Mer blanche » de Roy Jacobsen

Je viens de finir « Mer blanche » de Roy Jacobsen. Suite du roman « Les invisibles » nous y retrouvons Ingrid qui a bien grandi puisque nous sommes maintenant en 1944.

J’avais été tellement saisie et envoutée par « Les invisibles » que j’avais hâte de lire cette suite et voir si l’enchantement continuait. Si on y retrouve avec fébrilité l’ambiance glaciale du premier opus l’époque, elle, nous force à nous adapter à la rudesse de la seconde Guerre Mondiale dans cet environnement hostile. La Norvège est sous occupation allemande, les Anglais ont bombardé un navire allemand au large de l’île et la vie d’Ingrid va s’en trouver chamboulée à jamais. Je ne raconterai pas plus de l’histoire du roman pour ne pas en dévoiler ses secrets.

L’écriture de Jacobsen que j’avais trouvée si particulière est ici à son paroxysme. Son style direct et sans concession nous explose encore plus aux yeux et l’écrivain nous demande alors plus « d’efforts » pour lire entre les lignes et nous faire décrypter les évènements décrits ; nous glissons tels des funambules de la lecture sur le fil du rasoir de l’histoire.

Les non-dits, les secrets, les complexes, les désirs et autres sentiments habilement opacifiés, cachés, et tus donnent à l’histoire toute sa puissance et sa force. Si nous devions dompter le cheval fougueux des « Invisibles » il nous faut ici nous en faire un ami et finir de l’amadouer doucement pour nous amener vers la destinée qu’Ingrid devra vivre.

L’Ile était le personnage principal du premier tome, la Guerre en est ici le nouveau protagoniste, omniprésente, ubiquitaire et intransigeante elle exige une adaptabilité et impose ses contraintes ; toute l’hostilité insulaire s’en trouve alors décuplée.

Bref, la petite pépite des « Invisibles » est ici devenue un diamant brut ne demandant à son lecteur qu’à être taillé pour lui révéler ses facettes brillantes et éblouissantes, un nouveau régal pour les yeux !