Mes lectures

« Conte de Fées » de Stephen KING

Je viens de finir « Conte de Fées » de Stephen King. Contrairement à lui, il devient très difficile pour moi d’être originale dans mes critiques post-lecture de Stephen King !

Car pour le coup (et même s’il avait une première fois franchit le cap avec l’excellent « Les yeux du dragon »), King réitère l’exploit de nous embarquer, pour notre plus grand bonheur, dans un « monde de Conte de fées » inédit où son imagination a encore une fois gravit une marche dans l’eccéité.

C’est de notoriété littéraire : quand King prend comme héros principal de son récit un (ou des) adolescent(s), on sait très bien qu’on va se régaler. Il n’a nul pareil pour se glisser à merveille dans la peau de ses (ces) jeunes héros et profiter de leur innocence pour nous faire regretter la nôtre.

Ici notre Héros c’est Charlie et si je mets un H majuscule ce n’est pas anodin puisqu’en effet c’est en Sauveur que Charlie va se révéler, mais également pour souligner l’extrême maturité et pleine conscience de notre jeune protagoniste. Cette bonne action qu’il avait « en dû » va changer bien sûr sa vie mais surtout sa destinée et celle de plein d’autres…

Difficile de parler de ce livre sans dévoiler le moindre détail du Monde dans lequel Charlie nous entraîne. Ce que je peux souligner avec « Conte de Fées » c’est l’évident parallèle avec « Alice au pays des Merveilles » ou « Le Magicien d’Oz » deux contes que j’ai toujours adorés.

Pour moi King n’a pas d’égal pour nous donner l’envie de tourner les pages de ses romans, difficile de lâcher l’histoire tellement notre addiction est grande. La première partie du roman, plantant le personnage de Charlie, est juste parfaite, on adore ce jeune homme dévoué, débrouillard et rempli de tendresse. La seconde partie nous emmenant dans ce Monde inédit envoûtant et rempli de personnages et lieux atypiques m’a rappelé à certains moments « Le Talisman » et parfois la saga « La Tour sombre ». La dernière partie est un peu en dessous pour moi. Beaucoup de labyrinthes, d’escaliers, de couloirs infinis, on se perd un peu dans les méandres de ce monde ; une légère retombée de rythme d’où une histoire qui s’essouffle un peu mais c’est juste pour rester objective et concéder un peu de « négatif » au Conte.

Que se passe-t-il dans l’imagination de Stephen King pour qu’il émerge de telles créatures, de tels paysages, de telles histoires fantastiques ? Comment ne pas fondre devant Radar « personnage » primordial et ô combien touchant de l’histoire, comment rester insensible face à l’amour incommensurable de Charlie pour son père, comment rester de marbre face à l’innocence de certains et la tyrannie d’autres ? tellement de sentiments se mélangent ici… ce Roman c’est un pamphlet sur l’importance de l’Amour filial, l’Amitié, les relations entre les Hommes et les animaux, la nécessité de prendre soin de la nature, les ravages de l’alcoolisme, la cupidité et l’égoïsme.

Sans nul doute pour moi un des 10 meilleurs King que j’aie lu. Un Conte de Fées (sans Fée) du plus bel effet. Coup de cœur assuré.

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« La rivière pourquoi » Davide James DUNCAN

Je viens de finir « La rivière pourquoi » de David James DUNCAN. Qui aurait dit qu’un roman ayant pour thème principal « la pêche à la mouche » puisse autant me plaire et me provoquer des émotions et questionnements si importants.

L’histoire est simple : Gus vient de sortir de l’adolescence et depuis qu’il est né il n’aspire qu’à une seule chose dans la vie : pêcher ! Ses parents illustres et éminents pêcheurs lui ont transmis le virus de la pêche et rien ni personne ne l’empêchera de s’adonner à sa passion.

« La rivière pourquoi » c’est le paradoxe à l’état pur : c’est un livre sur la pêche certes mais c’est bien au-delà de ça ! Une passion ça ne s’explique pas, ou difficilement si on n’a pas la même passion et pourtant ici Duncan réussit à nous faire comprendre pourquoi pour Gus la pêche à la mouche est « vitale » pour lui.

Cette passion si intense, limite destructrice et pourtant essentielle pour Gus va l’obliger à chercher la source de cet amour si puissant. Tel un bouddha en quête du Nirvana, Gus recherche la pêche ultime, le plaisir halieutique extrême, la fusion entre sa canne à pêche et lui.

Ce roman est une déclaration d’amour à la pêche oui, mais c’est surtout une quête. Une quête d’identité, de reconnaissance, et surtout un hymne à la liberté. C’est une ode à la nature et à sa préservation, c’est une recherche du plaisir dans sa plus simple entité.

Les paysages de l’Oregon sont à couper le souffle, en lisant ces lignes ont peut sentir l’herbe grasse et moelleuse sous nos pieds, la douceur du vent dans notre cou, la pureté de l’eau qui coule à nos côtés, les doux rayons du soleil qui réchauffent notre peau ; de torrents en cascades, de forêts en pleines, de truites arc-en-ciel en saumons tempétueux on tombe amoureux de cette nature sauvage et intacte où seule la contemplation s’impose.  

Même sans aimer particulièrement la pêche on mord à l’hameçon : on s’identifie à Gus à travers ses ressentis, c’est « roots » mais moderne, doux mais intransigeant, profondément psychologique et pur. A travers cette pêche thérapeutique Gus va exorciser ses démons, dompter ses envies, ses désirs et connaître enfin ses besoins.

Excellent roman où l’homme n’aspire qu’à ne faire qu’un avec la Nature, c’est plein d’émotions et de respect, d’amour familial (excellent et atypique personnage que Bill Bob le petit frère de Gus) d’amitié et de simplicité. Lire « La rivière pourquoi » c’est être comme un poisson dans l’eau. 

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« Klara et le soleil » de Kazuo ISHIGURO

Je viens de finir « Klara et le soleil » de Kazuo ISHIGURO. Je ne me souviens pas avoir acheté ce petit livre et en lisant la quatrième de couverture je restais dubitative sur le sujet mais Kazuo ISHIGURO ayant reçu le Nobel de Littérature c’est avec pas mal d’attente que j’ouvris cet ouvrage.

Petit roman d’anticipation tout en délicatesse, frais et sans prétention que j’ai beaucoup apprécié lire.  Même si le sujet a déjà été traité sous plein de formes (livres, séries, dessins-animés, films…) il n’empêche que ce petit « bijou » tout en raffinement a réussi à me toucher.

Le monde des robots « de compagnie » m’a toujours interpellé et je me demande encore, pour plein de raisons, bonnes ou moins bonnes si j’aimerais avoir chez moi un robot « humanoïde ».

Ici Klara, notre AA (Amie Artificielle), particulièrement intuitive et intelligente a tout pour faire pencher la balance du bon côté mais…

On connaît (avec notre vision d’européens occidentaux) les « clichés » sur les japonais respectueux, propres, disciplinés, obéissants et dévoués, les personnages de ce recueil ne dérogent pas à la règle et c’est tout en subtilité que Klara et sa nouvelle famille tentent de « s’apprivoiser » mutuellement. Jusqu’à ce qu’on sache le réel pourquoi de la présence de Klara…

ISHIGURO se met à la place du robot Klara pour nous narrer son histoire depuis son acquisition par Josie (une jeune fille souffrante et solitaire) et sa détermination à trouver sa « place » au sein de ce foyer aimant et aisé.

La vision de notre univers à travers les yeux de Klara est bien analysée par l’auteur, on a même l’impression de « voir » ce que voit Klara comme à travers des écrans d’ordinateurs, une représentation kaléidoscopique de notre monde et des êtres vivants bien rendue et originale !

La façon dont l’auteur nous exprime « les ressentis » de Klara est touchante et « presque » humaine, ce qui est bien évidemment fait exprès pour nous interpeller sur le fait qu’un robot puisse ou non appréhender, comprendre et « ressentir » des émotions normalement attribuées qu’aux humains.

C’est évident, l’Intelligence Artificielle et le développement de la robotisation sont de nos jours au cœur de beaucoup d’interrogations et de mystères. On ne sait pas réellement jusqu’où vont nous mener ces « évolutions », tout va très (trop) vite et surtout ne risque-t-on pas d’être dépassés ? Outre des problèmes d’éthique ou de « perte d‘emploi » ou encore de discrimination (tout le monde va-t-il pouvoir avoir accès à ces innovations ?) Ne programmons-nous finalement pas notre propre fin ? Les scenari futuristes et alarmistes où les robots prennent le pouvoir sur nous ne finiront-ils pas par devenir réalité ? et si finalement ce n’était pas si grave ? Parfois ne vaudrait-il pas mieux être entouré de « Klara » que de certains humains ! 

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« La Déesse et la marchand » d’Amitav GHOSH

Je viens de finir « La Déesse et le Marchand » d’Amitav GHOSH. Je crois que c’est la première fois que je lis un livre d’un écrivain Indien. Le pitch du livre avait tout pour me séduire : de l’exotisme, un voyage à Venise, de l’écologie… j’attendais donc beaucoup de ce petit livre… ben j’attends toujours.

Certes l’auteur nous fait voyager en nous emmenant en Inde dans la région des Sundarbans dans le delta du Gange en quête de réponses sur une étrange légende indienne, nous fait rêver en nous baladant dans les typiques ruelles vénitiennes mais malgré tout je n’ai pas réussi à comprendre le réel motif du livre.

Entre « misère » économique et climatique du peuple indien, dénonciation des extinctions de certaines espèces animales, crise migratoire en Europe et légendes mystiques où se mêlent serpents et déesses, je n’ai pas saisi où voulait nous entraîner GHOSH. A moins que justement, son souhait était de nous perdre dans les tentacules racinaires des palétuviers de la mangrove du Bengale, nous laisser nous égarer dans la lagune de Venise ou nous mettre la triste réalité des migrants climatiques et leurs difficultés à venir et rester en Europe devant les yeux… Bref ce méli-mélo d’informations et d’histoires m’a laissé plutôt pantoise sur la finalité de ce roman.

J’ai plus l’impression qu’Amitav GHOSH a profité de ce roman initiatique (en prenant pour prétexte une légende indienne aux mille dérivés) pour écrire un pamphlet des différents problèmes que rencontre nos sociétés actuelles sans avoir réellement réussi à trouver le dénominateur commun ou le trait d’union entre tous ces maux tout en y mêlant du mystique et du surréalisme. D’où un roman un peu décousu qui m’a laissé sur ma faim et plutôt déçu par la mièvrerie ou naïveté du personnage principal sans profondeur pour lequel je n’ai eu aucune empathie. C’est dommage car les thématiques abordées me concernent de près pourtant sans arriver à soulever mon intérêt ; même la Sérénissime ici n’a pas généré l’éblouissement qu’elle me procure habituellement. Une belle prise de conscience (et après tout pourquoi pas le prendre que comme ça, et puis d’ailleurs il faut même peut-être le prendre uniquement comme ça !) mais cela reste gentillet… sans plus pour moi.

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« Billy Summers » Stephen King

Je viens de finir « Billy Summers » de Stephen King. Bon, on ne va pas se mentir, ça devient officiellement de plus en plus difficile de trouver une trace d’originalité pour décrire ce que je ressens pour les livres de Stephen King tant j’ai écrit et parlé de lui. Quand je pense que je le suis depuis mes 14 ans ! et je ne crois même pas qu’il se soit passé une seule année de ma vie sans que je lise au moins un livre de lui !

 Bref, pour revenir à « Billy Summers » bien sûr que je me suis une nouvelle fois régalée à suivre les péripéties de ce personnage vous vous en doutez mais…

 Billy Summers, ancien tireur d’élite, traumatisé par la guerre en Irak et reconverti en tueur à gage, accepte une dernière mission. Mais on le sait, les dernières missions ne se déroulent pas toujours comme on le voudrait…

Sa « couverture » pour cette mission sera de se faire passer pour un écrivain. En attendant de tuer sa cible, il tue le temps en écrivant son autobiographie ! Ce « déguisement » s’avère être sa planche de salut, sa thérapie mais aussi nous permettre d’en connaître un peu plus ce personnage et bien sûr de nous attacher encore plus à lui, son récit c’est une histoire dans l’Histoire, et une sacrée histoire !

Billy Summers est une espèce de « Dexter Morgan », il accepte de tuer mais seulement les meurtriers, les raclures, les déchets de bas étages… et évidemment Stephen King va tout faire pour qu’on « tombe dans les bras » de cet homme ! Telle une victime du syndrome de Stockholm on va se laisser prendre dans sa toile et oublier l’homme qu’il a été pour s’attendrir sur l’homme qu’il devient. Et on ne sera pas les seul(e)s ! Alice débarque et Billy devient tel Zorro un justicier masqué engagé dans un road trip dépuratif !

Stephen King on le sait c’est l’Art de la narration poussé à son paroxysme ! toute histoire entre ses mains devient passionnante et empreinte d’un suspense haletant. Malgré tout, si je laisse mon objectivité pointer le bout de son nez, je serai forcée d’admettre que je suis parfois légèrement nuancée car ici les sujets « sensibles » du moment (le mouvement #meetoo, la montée du féminisme, le Covid, le poids du trumpisme…) sont ici un peu trop « mis en avant » et en filigrane tout le long du roman, et je ne suis pas toujours en adéquation avec c(s)es positions. Mais les temps changent, les gens aussi… quoique…

Bref, même si on devine rapidement comment va tourner et finir l’histoire, et malgré un petit passage à vide transitionnel au milieu du roman, Billy Summers » reste un excellent moment de lecture que j’ai dévoré avec délectation. J’ai particulièrement été touchée par l’intérêt que porte le héros à Emile Zola et le clin d’œil à « Shining » qui tel un gimmick nous est rappelé régulièrement et nostalgiquement. Je lorgne déjà avec des paillettes dans les yeux sur le prochain King qui trône dans ma bibliothèque et que je me réserve pour bientôt !

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« La Cité des nuages et des oiseaux » Anthony DOERR

Je viens de finir « La Cité des nuages et des oiseaux » d’Anthony DOERR. DOERR je l’ai connu avec « Toute la lumière que nous ne pouvons voir », que j’avais beaucoup aimé. J’espérais donc retrouver son écriture poétique et raffinée. Je n’ai pas été déçue, « La Cité des nuages et des oiseaux » est un roman choral comme je les aime tout en délicatesse, subtilité et finesse.

On suit 5 personnages à 4 époques et lieux différents : Zéno, vétéran de la guerre de Corée, Seymour, jeune « hypersensible » éperdument perdu dans notre société, Anna, brodeuse éprise de liberté dans une Constantinople en guerre, Omeir, jeune bouvier au bec de lièvre et Konstance, jeune fille confinée dans une navette spatiale. Avec ces 5 personnages nous sommes « ballotés » du XVème au XXIIème siècle avec délice et curiosité, crainte et espoir.

Le point commun de ces personnages : un mal-être latent, une incompréhension de la société et une quête assoiffée de liberté et de connaissances. Le catalyseur : un livre, « la Cité des nuages et des oiseaux », livre qui traverse les siècles et ses tempêtes et transperce l’esprit des hommes. Ce recueil, c’est une histoire captivante qui va éclairer ceux qui la lisent et leur permettre d’ouvrir les yeux. C’est une fenêtre ouverte sur l’âme humaine.

Dans ce roman, DOERR nous raconte l’histoire de « La Cité des nuages et des oiseaux », c’est un livre dans le livre, une histoire dans l’Histoire, celle d’Aethon écrite par Antoine Diogène, auteur grecque de l’antiquité. Aethon deviendra le « guide spirituel » des 5 personnages que nous suivons et deviendra leur « réconfort ». Ce petit codex, véritable « Arche de Noé » salvatrice permettra au fil de l’histoire d’assembler les pièces du puzzle, dessiner les destins et révéler les espoirs de chacun.

Anthony DOERR réussit ici à nous faire voyager entre les lieux et les époques de façon intelligente et empreinte de tendresse et d’espoir pour ses personnages si attachants et si fragiles. Son roman c’est une ode à l’écriture, une déclaration d’amour à la littérature, un édit sur sa profonde gratitude pour les bibliothèques (et ceux qui y travaillent) véritables « détentrices » de cultures, et agents de transmission de savoirs et richesses.

« La Cité des nuages et des oiseaux » est un roman tout en poésie qui telle une plume prise dans le souffle du vent nous mène là où il le souhaite, nous amène à nous interroger sur le sens de la vie, sur la souffrance des gens et des animaux, sur la condition de notre planète et ce que nous en faisons, sur la cruauté humaine et sur l’importance de la bienveillance. C’est ce que j’aime dans un roman ; en sortir grandie, riche de nouvelles connaissances et d’images qui resteront dans ma mémoire.

Un roman passionnant écrit par un conteur passionné, un voyage intertemporel dans l’esprit et comme le voyage est beau, son retour est splendide.

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« Les Dynamiteurs » de Benjamin Whitmer

Je viens de finir « Les Dynamiteurs » de Benjamin Whitmer. Il y a des livres qui laissent peu de traces dans votre mémoire et ceux qui y laissent une empreinte spéciale. « Les Dynamiteurs » intègre sans hésiter cette deuxième catégorie.

Dans le genre roman noir celui-ci atteint de hauts niveaux. De la première à la dernière ligne il n’est question que de désolation, difficultés et douleur, et entrevoir une lueur d’espoir ne nous effleure même pas l’esprit.

Denvers, 1895, la misère, la délinquance, la corruption et le vice font rage. Au milieu de ce chaos : Cora et Sam. Ils ont quatorze ans et sont orphelins tout comme la petite bande de gamins qu’ils essayent de protéger. Dans une vieille usine désaffectée, ce petit groupe tente de survivre tant bien que mal en enchaînant petits larcins et menus maraudages. L’usine est convoitée par les clochards du quartier, leur petit groupe mis à mal fait tout pour sauver leur « foyer ». Harcelés de toutes parts, les orphelins verront arriver une providence qui va les « sauver ». Mais quand la « providence » a le visage d’un monstre muet et le cœur noir comme la suie est-ce vraiment une « aubaine » ?

Sam va devoir entrer de plain-pied dans le monde des adultes pour préserver sa « tribu » et malheureusement pour lui, c’est un aller sans retour… Adieu l’innocence de l’enfance, bye-bye l’insouciance, au revoir les rêves…

Difficile de ne pas être affecté par cette histoire qui fait la part belle aux laissés pour compte, aux démunis et aux cabossés de la vie.

L’écriture est incisive, précise, sans détour, n’ayant qu’un but : faire mouche, nous toucher en plein cœur, atteindre sa cible pour nous faire vaciller et nous pousser dans nos retranchements. Pas de pitié, pas de remords, pas le temps de s’apitoyer, on doit avancer et passer entre les gouttes sans se faire choper, sinon vous allez passer un sale quart d’heure.

C’est violent, c’est percutant, malaisant et parfois salissant ; il y a du sang et des larmes, de la sueur et des tripes, ça sent la peur à plein nez, ça fleure la poudre et la tension, bref un vrai western moderne où les armes font loi et les muscles font le reste !

L’histoire est parfaite pour en faire un film ou même une série, le scénario idéal pour nous tenir en haleine et nous tordre le ventre, d’une brutalité explosive ! un roman initiatique dans les entrailles de la ville, la noirceur de ses habitants, et les profondeurs de l’âme humaine.

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« Prodigieuses créatures » de Tracy Chevalier

Je viens de finir « Prodigieuses Créatures » de Tracy Chevalier. J’avais déjà lu le sublime et incontournable « La jeune fille à la perle » de cette auteure, je m’attendais donc à du haut niveau également avec ce recueil.

Le tableau : Comté du Dorset dans le sud-ouest de l’Angleterre, début du XIXème siècle. Deux femmes, l’une très jeune et très pauvre Mary Anning, l’autre de 20 ans son aînée et issue de la petite bourgeoisie Londonienne Elizabeth Philpot. Elles n’étaient pas faites pour se rencontrer et pourtant… C’est sur les plages de Lyme Regis que l’histoire va s’écrire. Mary pour faire vivre sa famille cherche et fouille inlassablement les falaises le long des plages à la découverte de fossiles (les « curios » comme elle les nomme) et autres créatures fossilisées pour ensuite les revendre aux collectionneurs et amateurs. Elizabeth elle, fouille plus pour « tromper son ennui » et sa routine de « vieille fille ».

Les découvertes que vont faire ces femmes sur ces plages vont marquer l’histoire de la paléontologie anglaise (et même mondiale) et pas qu’un peu puisque Mary Anning et son flaire incomparable pour débusquer ces créatures minéralisées va laisser son empreinte comme pionnière dans ce domaine. Le souci vous vous en doutez c’est que plus le marteau de Mary va heurter la pierre, plus elle se heurtera à la jalousie, la misogynie et la condescendance des « géologues », collectionneurs, religieux et autres pseudo-amateurs de fossiles.

Une jeune femme qui passe des heures seule contre vents et marées sur la plage à se salir dans la boue, les ongles noircis les cheveux en bataille et qui tient tête à des hommes pour défendre ses idées, convictions et sa fierté : shocking !

Outre une histoire de « vieilles pierres » c’est surtout une histoire de femmes battantes et fortes essayant de se faire une place dans un monde scientifique plus que fermé et masculin. Ce roman est en fait un superbe portrait de femmes luttant contre les préjugés religieux, scientifiques et sociaux dans une Angleterre fermée et percluse de croyances.

Quel beau, original et atypique roman que voici, l’écriture si singulière de Tracy Chevalier, qui dépeint ses histoires plutôt qu’elle ne les écrit, nous fait voyager comme nulle autre. On ressent l’écume des vagues sur notre visage, on se perd dans le brouillard insondable anglais, on se laisse surprendre par la marée montante qui vient nous lécher le bout des souliers, on se réchauffe les mains devant le feu de cheminée salvateur après une journée humide et froide…

C’est brillant comme du Jane Austen, c’est poignant comme de l’Emily Brontë, c’est puissant comme du Dickens, bref, une magnifique histoire qui comme je les aime nous laisse grandi une fois la dernière page tournée.

Mon rêve d’adolescente de devenir paléontologue – quand marchant sur les chemins caillouteux de Castellane les yeux rivés au sol remplie d’espoir de trouver ne serait-ce qu’un fragment d’ammonite (jamais une entière malheureusement) me demandant si telle ou telle pierre était bien un fossile et non un pauvre caillou strié… me sentant étourdie devant la dalle aux ammonites, ou ayant les yeux écarquillés devant les répliques de dinosaures dans les musées d’Histoires Naturelles… m’imaginant fouiller, creuser, épousseter – … aura vite été éteint par ma médiocrité mathématique… malheureusement…

Je ne pouvais donc qu’adhérer à ce roman réunissant la paléontologie, le Royaume-Uni et le XIXème siècle, un roman fait pour moi !

Quand je repense à cette magnifique histoire, finalement je me demande si pour Tracy Chevalier les « Prodigieuses créatures » ne seraient pas plutôt ses héroïnes que ces fossiles ! 

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« Les Délices de Tokyo » de Durian Sukegawa

Je viens de finir « Les Délices de Tokyo » de Durian SUKEGAWA. Ce petit roman présageait de délicieux moments sucrés et raffinés telles les petites pâtisseries délicates et parfumées Tokyoïtes.

Me léchant par avances les babines, persuadée de découvrir de nouvelles saveurs et m’imaginant devant les vitrines des pâtisseries japonaises me délectant par procuration devant d’aériennes sucreries je me suis retrouvée au fur et à mesure des lignes que je dévorais (elles) avec un creux dans l’estomac tant ma frustration allait grandissante. De pâtisseries ? il n’en est que peu question ? de découverte de Tokyo ? encore moins… Pour moi le titre ne sied pas vraiment à ce petit roman puisque hormis les « dorayakis » (petits beignets à la pâte de haricots rouges) certes « personnage » principal du roman il n’est nullement question ici de découvertes de douceurs pâtissières.

Mais j’ai envie de dire après-tout tant pis puisque la délicatesse de l’ambiance japonaise à laquelle je m’attendais était, elle, omniprésente.

« Délicatesse » est vraiment pour moi le mot qui définirait le plus cette belle petite histoire touchante et remplie de bons sentiments (un peu trop ?). Il est je pense plus ici question de la rencontre de personnes que tout pouvait opposer (un ex prisonnier reconverti en « pâtissier », une vieille dame abîmée par la vie et la maladie et une jeune étudiante compréhensive et optimiste). Et c’est de ces rencontres qu’une alchimie va se former entre les protagonistes nous délivrant de beaux messages d’amour, d’amitié et de tolérance, certes un peu faciles, certes un peu niais parfois mais si on est réceptif à ce genre de fiction on adhère facilement.

Même si ce genre de conte n’est pas trop ma tasse de thé, ce roman tel un haïku délicat comme de fragiles fleurs de cerisiers, laisse un doux et suave parfum que l’on pourrait suivre comme charmé dans le sillage d’une geisha. On découvre des pans de l’Histoire japonaise complètement méconnus pour moi qui nous font voyager et c’est une explosion de couleurs, d’odeurs tout en retenue qui nous est exposée ici telle une fine estampe japonaise. 

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« Le cheval » Léon Tolstoï

Je viens de finir « Le cheval » de Léon TOLSTOÏ.

Petit recueil de 2 nouvelles (« Le cheval » et « Albert ») elles-mêmes tirées du recueil de nouvelles paru à titre posthume « La tempête de neige et autres récits ». « Albert » a été écrit en 1858 et « Le cheval » en 1885.

La première nouvelle « Le cheval » nous raconte l’histoire de « l’Arpenteur », un vieil hongre pie. Il est malmené, bousculé et moqué par les humains et les autres chevaux et juments du troupeau et pourtant… Pourtant j’étais un étalon fort, puissant, altier et solide, ma fougue et ma prestance attiraient les regards des humains et de mes congénères équins malgré ma robe pie qui en gênait certains. J’ai eu une jeunesse dorée et privilégiée jusqu’à…

Tolstoï à travers les yeux du cheval nous raconte la descente aux enfers de l’équidé, ses railleries, ses blessures, sa vieillesse, son isolement… Quelle prouesse d’écriture, quelle modernité, quelle justesse… Je n’ai que rarement lu d’histoire aussi poignante, aussi puissante. Tolstoï a dompté les ressentis du cheval avec poigne et sûreté, son assurance dans les descriptions éprouvées par ce cheval est d’une prouesse remarquable. J’ai été impressionnée par cette aisance à capter la cruelle vision de cette catabase, c’est magistral. Un réel exercice de style dans lequel Tolstoï galope brillamment. Quant à la fin… Je crois que je n’ai jamais été aussi affectée, remuée par une fin d’histoire comme celle-ci. Elle restera gravée en moi par sa dureté, son réalisme et sa résignation… c’est bouleversant de crudité et d’émotions.

La seconde nouvelle « Albert » a toute sa place dans ce recueil puisqu’elle raconte l’histoire d’Albert donc, ancien illustre et grandiose violoniste dont la déchéance est moquée et mise en pâture par la haute société Pétersbourgeoise.

Quand Albert saisit son violon plus rien n’existe que l’émerveillement que procure sa musique, mais ses affres et tourments ne s’éloignent jamais… Le jugement et le regard des autres sont souvent le plus lourd des fardeaux à porter et s’y confronter est parfois invivable. Tolstoï ici encore décrit admirablement les brimades de la vie et l’ignominie des uns face aux faiblesses des autres. On vibre tels les cordes du violon d’Albert, on s’apitoie sur cette funeste mélodie et on ne peut que compatir à cette fatalité. Albert s’accroche à son violon comme on s’accroche à la vie pour ne pas la laisser filer.

Deux nouvelles, deux destins singuliers, un cheval et un violoniste tous deux malmenés et tellement vulnérables… du grand art littéraire !