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« Veiller sur elle » Jean-Baptiste ANDREA

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Je viens de finir « Veiller sur elle » de Jean-Baptiste Andrea

Quel superbe Goncourt que celui-là. Je ne suis pourtant pas de celles qui aiment les Goncourt avec ferveur, mais Veiller sur elle m’a saisie et enchantée.

Mimo et Viola… deux êtres à la fois fragiles et démesurés.
Lui, si petit par la stature et pourtant gigantesque par la grâce de ses mains, par ce talent qui dérange autant qu’il éclaire.
Elle, fille d’une puissante et riche famille du piémont Italien, brûlante de liberté, trop lumineuse pour l’époque qui voudrait la contraindre, trop précurseur pour un monde encore aveugle.

Leur histoire se déploie comme une fresque sculptée, vibrante de poésie, dans cette Italie de la région de Coni où la beauté de la vie se heurte au grondement de l’Histoire et à la puissance incommensurable de l’Eglise. Sur fond de première et seconde Guerre Mondiale et de fascisme montant, ces deux âmes sœurs que tout sépare — corps, condition, destin — restent attachées l’une à l’autre par un fil invisible, tissé d’art, de douleur, d’espérance et d’un amour qui ne dit jamais vraiment son nom.

Chacun enfermé dans un corps qui l’entrave : Viola, femme dans un monde qui la voudrait docile ;
Mimo, petit homme que l’on voudrait éteindre. Et pourtant, en eux, une grandeur indomptable.

Autour d’eux, une galerie de personnages d’une justesse, d’une humanité bouleversante. C’est une palette aux milles couleurs qui s’étale devant nous, un condensé de sentiments exacerbés entre amitiés, trahisons, tristesses et espoirs.     

C’est un roman ample, riche, habité.
Six cents pages qui ne pèsent jamais : elles coulent, elles dansent, elles sculptent.
On y traverse la laideur des hommes, la beauté de l’art, et cette zone secrète où l’amitié, la loyauté et la douleur se mêlent pour devenir destin.

Pur, puissant, déchirant et lumineux, c’est un livre qui ne se lit pas seulement ; il se dévoile comme une œuvre d’art que l’on regarde longuement.
Veiller sur elle, c’est l’histoire d’une création, mais c’est surtout un chef-d’œuvre en soi — un roman taillé dans le marbre, vibrant encore de la chaleur des mains qui l’ont façonné.

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Mes lectures

« Dead Stars » Benjamin WHITMER

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Je viens de finir « Dead Stars » de Benjamin Whitmer.

Il y a des livres qui brûlent lentement, d’autres qui explosent — Dead Stars est un incendie qui consume tout sur son passage, sans répit, sans espoir de rédemption. Après l’extraordinaire « Les Dynamiteurs », que j’avais adoré pour sa singularité dans le désespoir, Benjamin Whitmer revient avec une œuvre encore plus sombre, plus dense, plus radicale. Il ne propose pas un simple roman noir, mais un gouffre. Un puits de violence et de silence dans lequel chaque personnage tombe à sa manière, emporté par une rage sourde, une douleur muette, une absence totale de lumière.

Ce qui saisit d’abord, c’est l’incarnation de la violence. Elle n’est jamais spectaculaire, jamais gratuite (quoique) — elle est organique, inscrite dans la chair et le langage, dans le moindre geste. Elle vient d’un monde où la tendresse est une faiblesse, où la survie se paie en brutalité, où les mots ne réparent rien parce qu’ils n’ont jamais vraiment existé. Ici, tout est non-dit. Les silences sont plus lourds que les dialogues. Les gestes contiennent des vies entières de rancœur, de colère, d’abandon.

L’histoire est simple : Plainview, Colorado, en 1986, Randy Turner 14 ans n’est pas rentré hier soir, et du coup ce matin c’est toute la vie de la famille Turner qui bascule, et nous avec…

Les personnages ? Ce ne sont pas des héros, encore moins des victimes. Ce sont des êtres fracturés, incapables d’aimer autrement qu’en détruisant, incapables de fuir autrement qu’en fonçant droit dans le mur. Il y a chez eux une forme de fatalité, comme si chacun était programmé pour échouer, pour exploser, pour haïr. Et pourtant, Whitmer ne les juge jamais. Il les montre dans toute leur complexité — leur violence comme leur vulnérabilité — et c’est là que réside la force du roman : dans cette empathie cruelle, ce regard sans complaisance mais profondément humain.

L’Amérique que dépeint Whitmer n’a rien de mythique. C’est une terre morte, rongée par la drogue, les armes, la pauvreté, les rêves pulvérisés. En filigrane l’auteur dénonce l’horreur du développement de l’industrie militaire nucléaire et tous les impacts terribles qu’il découle de cette activité.

Il n’y a pas d’échappatoire, pas de héros, pas de salut. Seulement des trajectoires qui se croisent, se heurtent, s’annihilent. On ne sort pas indemne de Dead Stars, parce qu’il ne nous laisse pas le choix. Il ne cherche pas à plaire, ni à consoler. Il montre. Et ce qu’il montre, c’est la vérité crue des âmes perdues, quand toute illusion a été balayée depuis longtemps. Je garderai en mémoire le mantra du livre que j’adore et qui résume tout : « garde la merde à hauteur de tes chaussures » !

Je suis ressortie de cette lecture vidée, remuée, presque en colère — contre le monde, contre les personnages, contre la vie. C’est une lecture qui marque au fer, comme une brûlure qu’on n’oubliera pas.

Benjamin Whitmer signe ici un chef-d’œuvre d’ombre, d’humanité pervertie, de rage pure. C’est sale, c’est dur, c’est magnifique.

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« Un animal Sauvage » Joël DICKER

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Je viens de finir « Un animal sauvage » de Joël Dicker.

Lectrice fidèle de Joël Dicker, j’ai lu l’ensemble de ses romans depuis le phénoménal succès de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert et du tout aussi marquant Le Livre des Baltimore. Ces deux premiers livres m’avaient profondément séduite : une écriture rythmée, des intrigues habilement menées, j’avais adoré.

Malheureusement, la suite de l’œuvre de Dicker a été pour moi une lente descente — parfois vertigineuse — vers la déception. L’Énigme de la chambre 622, en particulier, m’avait laissé un goût amer, tant j’avais eu l’impression d’être prise à la légère (pour être polie) en tant que lectrice.

C’est donc avec une certaine appréhension que je me suis lancée dans Un animal sauvage… Et contre toute attente, je dois dire que ce dernier opus m’a (un peu) réconciliée avec l’auteur.

L’histoire s’ouvre sur un spectaculaire braquage à Genève. Très vite, le récit prend une tournure plus intime, en s’intéressant à Sophie et Arpad un couple parfait en apparence, installé dans une belle maison en verre en bordure de forêt et à leurs bien plus modestes voisins Greg et Karine.

À travers une construction habile entre passé et présent, Dicker tisse une intrigue où les apparences sont constamment trompeuses, et où chacun semble cacher sa véritable nature. Tel un horloger Suisse Dicker joue avec nos nerfs avec une adroite précision, nous baladant sur des chemins que lui seul veut nous faire prendre et ça fonctionne plutôt bien. Ces va-et-vient habillement menés (et sans jamais nous perdre en route) vont bien sûr nous éclairer et nous faire voyager entre la Suisse, St Tropez et l’Italie.

Le roman se lit avec fluidité, le style retrouve une certaine sobriété bienvenue, et l’intrigue, sans être bouleversante, parvient à installer un suspens efficace, presque plaisant. Certes, les personnages manquent toujours de profondeur — je n’ai, à vrai dire, ressenti aucune véritable empathie pour eux — mais la mécanique narrative fonctionne suffisamment bien pour qu’on ait envie de tourner les pages. Le twist final est plutôt finement amené et a l’effet escompté sur notre soif de suspense.

En somme, Un animal sauvage n’atteint pas la maîtrise de ses premiers romans, mais il s’en approche davantage que les précédents. Un Dicker plus digeste, plus maîtrisé, et qui redonne — un peu — espoir à celles et ceux qui comme moi l’avaient adoré à ses débuts.

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« La librairie Morisaki » Satoshi YAGISAWA

Je viens de finir « La libraire Morisaki » de Satoshi Yagisawa.

Je me suis saisi de ce petit livre sans grande conviction, avec encore en mémoire ses « semblables » qui n’avaient pas entièrement comblé mes désirs de lectrice. Des livres comme celui-ci j’en ai lu, dans des pâtisseries, des superettes, des cafés… je m’attendais donc à un énième roman « asiatiquement » léger . Et pourtant…

Il est des livres qui ne font pas de bruit.
Des livres qui, sans promesse tapageuse, s’ouvrent comme une fenêtre sur une rue calme, quelque part entre hier et demain. La librairie Morisaki est de ceux-là.

Satoshi Yagisawa nous offre ici une parenthèse légère et apaisante, un roman qui se déplie doucement, comme un matin de printemps à Tokyo. On y entre comme on pousserait la porte d’une vieille boutique de livres d’occasion, le cœur un peu lourd peut-être, mais l’esprit curieux. Et l’on y reste… parce qu’on s’y sent bien.

Loin des recettes attendues du roman feel-good — souvent sucrées à l’excès — celui-ci a le goût discret du thé vert : simple, mais subtil. Il y flotte un parfum d’authenticité, quelque chose de non forcé, presque timide, qui touche sans trop en faire. L’écriture, traduite avec finesse, conserve une pudeur toute japonaise, mais avec une fluidité surprenante, presque occidentale. Un équilibre rare.

Bien sûr, on retrouve les ingrédients familiers du genre : un lieu refuge, des personnages cabossés, des livres en guise de baume… mais ici, rien n’est surjoué. Pas de scènes à grand effet, pas de tirades lacrymales ni de métaphores étirées. Juste la vie, dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus tenace.

Il y a dans ces pages un amour sincère pour les livres, pour leur odeur, leur poids, leur silence. Et derrière cela, l’idée discrète mais puissante que la littérature n’est pas là pour tout réparer — mais qu’elle peut, parfois, nous accompagner dans l’attente.

La librairie Morisaki est un roman à lire comme on prend le temps de flâner dans une ruelle ombragée, ou de laisser un rayon de soleil chauffer la paume de sa main. C’est un récit qui respire, qui console, qui ne cherche pas à briller — et c’est ce qui le rend si touchant.

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« Holly » Stephen KING

Je viens de finir « Holly » de Stephen KING.

Je me souviens de mon premier Stephen King comme d’un frisson fondateur. J’avais 14 ans, et c’est peu dire que depuis, l’homme n’a jamais quitté ma bibliothèque – ni mon imaginaire. J’ai grandi avec ses cauchemars, vieilli avec ses personnages, et appris à guetter, au-delà des ténèbres, cette lumière étrange qu’il sait si bien faire surgir. Lire un nouveau King, c’est comme retrouver une vieille route familière dont il aurait, encore une fois, déplacé les panneaux.

Et pourtant, avec « Holly », je n’étais pas tout à fait prête à ce qu’il me prenne autant par surprise. Comment KING arrive-t-il encore à nous surprendre avec une « terreur » inédite ? je pensais qu’avec cet auteur tous les terrains de l’horreur avaient été foulés, que nenni ! Une nouvelle fois il franchit une contrée inexplorée et ce n’est pas pour nous déplaire.

Ce roman marque un virage plus feutré, plus introspectif, tout en gardant cette tension si caractéristique de son style. Ce n’est pas l’horreur explosive de ses débuts, ni le fantastique pur de ses grandes sagas, mais une sorte de vérité troublante qui s’immisce doucement, presque discrètement, jusqu’à nous coller à la peau. C’est un King mature, affûté, presque minimaliste… et pourtant toujours aussi redoutable.

Holly le personnage central – que les habitués retrouveront avec un plaisir certain – est porté par une justesse d’écriture et une sensibilité qui m’ont profondément touchée. On sent que l’auteur, loin de se reposer sur sa légende, continue d’explorer, de sonder, de chercher ce qui fait vibrer l’âme humaine. Et il le fait ici avec une précision presque chirurgicale. Stephen King écrit comme s’il connaissait ses lecteurs un à un, comme s’il murmurait directement à notre oreille.

Alors oui on pourra reprocher au Maître dans « Holly » d’appuyer un peu trop avec son stylo sur son aversion du président Trump et sa politique. Tout comme dans ce roman la Covid prend une place à part entière qui pourrait laisser deviner l’angoisse que King a vécue pendant la pandémie.

Ce roman, je l’ai lu avec la fébrilité d’une ado, mais aussi avec l’œil plus lucide de la lectrice que je suis devenue. Et j’y ai retrouvé tout ce que j’aime chez lui : une tension subtile, des personnages d’une grande humanité, une critique sociale fine, et cette plume si reconnaissable, où la simplicité cache souvent une immense profondeur.

« Holly » c’est Stephen King qui ne cherche plus à prouver quoi que ce soit – il raconte, et c’est amplement suffisant. C’est un livre qui ne crie pas, mais qui résonne longtemps.

Et vous savez quoi ? J’en redemande.

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« Borgo Vecchio » de Giosuè CALACIURA

C’est un tout petit roman certes (tout juste 160 pages) mais un roman qui marque et dont l’intensité poignante ne laisse pas de marbre.

Nous sommes dans le cœur populaire de Palerme dans la zone portuaire, sans ancrage chronologique, un quartier ou plutôt un microcosme, où la vie est condensée, encombrée, saturée mais surtout délabrée comme le sont les rues de cet arrondissement …

Les habitants de ce petit monde inextricable où le temps semble suspendu tentent de survivre entre misère, pauvreté, violence conjugale, lois informelles… tout le monde veut sa part d’amour mais même l’espoir ne semble pas accessible, le bonheur ? encore moins…

Cristofaro (le souffre-douleur de son père) et son ami Mimmo (le fils du boucher escroc) l’amoureux transi de Céleste (la fille de Carmela la prostituée du quartier qui va se marier avec Toto le voleur), rêvent d’une autre vie loin de ce monde d’adulte, de ce lieu dont la noirceur vous enseveli et vous enserre le cœur chaque jour un peu plus. L’insouciance fait vite place à la cruauté et les rares moments de joie sont vite effacés par la dure réalité de la vie. Heureusement ils ont un plan !

L’écriture de CALACIURA est sans appel, vive, tranchante et percutante, c’est de la poésie lyrique. Dans ce dédale palermitain où même la police n’ose s’aventurer, où tout le monde se connaît mais personne ne vient vous aider, où la dureté de la vie vous accable et vous laisse sur le carreau sans main tendue, les habitants se toisent sans oser le moindre geste. C’est l’Omerta, la loi du silence et la loi du talion réunies.

Ce tableau si bien décrit en clair obscure tel un Caravage poignant nous touche et nous tord les tripes. Tout est si bien retranscrit : les odeurs du pain, les couleurs passées des murs des maisons, la crasse qui recouvre les rues et l’âme de ses hôtes… avec ce roman tous nos sens sont en éveil et notre cœur en ressort chaviré.

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« Les Frères K » de David James DUNCAN

J’avais déjà lu « La Rivière pourquoi » de DUNCAN, que j’avais beaucoup aimé, je fonçais donc tête baissée (et vivement encouragée) dans la lecture de ce roman.

Les Frères K est une œuvre foisonnante, audacieuse et profondément humaine, un roman qui frappe par son ampleur émotionnelle autant que par son ambition littéraire. Ce n’est pas un récit que l’on traverse distraitement : c’est une immersion, une expérience. Ce qui fait la force du livre, c’est avant tout la manière dont Duncan capte, avec une justesse rare, les mouvements subtils de la vie familiale, entre les frictions du quotidien, les tourments religieux et les élans du cœur.

Le livre se distingue par une écriture généreuse, pleine de vitalité et de tendresse, capable de faire naître des personnages inoubliables (je pense bien sûr à Irwin un des frères, ou les truculentes jumelles) sans jamais sombrer dans la caricature. L’histoire nous est racontée principalement par le plus jeune des frères : Kincaid mais également parfois sous forme de lettres écrites par les frères. Chaque membre de cette famille complexe trouve une voix propre, vibrante, parfois drôle, parfois douloureuse, mais toujours profondément sincère. Certains passages — dans leur intensité émotionnelle ou leur humour désarmant — laissent une empreinte durable, presque physique. On rit, on serre les dents, on s’émeut, souvent dans la même page.

Deux sujets majeurs plantent le décor : La religion qui tient ici un rôle prédominant à travers la mère indéboulonnable pilier de l’église adventiste de la région, et le baseball qui est l’apanage du père et par ricochets les fils qui n’en finissent pas d’admirer leur père infatigable lanceur de balle.

Puisque je parle de baseball, il faut que je vous avertisse : il y a des longueurs ! en particulier dans les pages qui y sont consacrées. Duncan y déploie une passion évidente, et ses métaphores sportives peuvent parfois toucher au poétique, mais pour un lecteur peu sensible à cet univers (comme moi), ces digressions techniques ou métaphysiques autour du lancer parfait, la carrière de tel ou tel joueur ou de la stratégie de jeu peuvent ralentir la lecture (voire ennuyer ou pire faire friser l’abandon de lecture…). Mais c’est vrai, même ces moments ont leur justification : le sport devient, sous la plume de DUNCAN, une sorte de prisme à travers lequel se lit la complexité des relations humaines, de la foi, de l’échec et du pardon.

Là où ce roman excelle, c’est dans ces moments suspendus entre les membres de la famille Chance, dans les petits riens qui deviennent tout, dans les éclats de dialogue, les silences lourds, les regards échappés. Duncan a l’art de faire surgir une forme de beauté dans la banalité, une spiritualité sans dogme, une tendresse sans mièvrerie. On ressort de cette lecture avec le sentiment d’avoir côtoyé de vrais êtres humains, avec leurs failles, leurs convictions, leurs folies et leur courage. Il faut rappeler que nous sommes dans les Etats-Unis des années 60-70 entre folies et exploits, espoirs et acharnements, guerres et traumatismes…

Les Frères K est un roman ample, parfois exigeant, mais toujours sincère et généreux. Un livre qui prend le temps — parfois un peu trop — mais qui, finalement, offre une profondeur et une chaleur rares. Une œuvre marquante, qui se digère et à laquelle on repense longtemps après avoir tourné la dernière page.

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« Tant que le café est encore chaud » et « Le café du temps retrouvé » de Toshikazu KAWAGUCHI

Je viens de finir « Tant que le café est encore chaud » et « Le café du temps retrouvé » de Toshikazu KAWAGUCHI. Je ne pensais pas en entamant la lecture du premier tome de cette tétralogie qu’il s’agirait d’une histoire « tirant » sur le fantastique.

Le décor : Tokyo et plus précisément le « Funiculí, Funiculà » petit café presque caché, en soubassement, plutôt sombre, suranné et pas vraiment attrayant si ce n’est qu’une légende urbaine plane sur ce lieu : la possibilité de voyager dans le temps pour « réparer » une erreur ; mais attention il faut se dépêcher vous devez impérativement revenir avant que votre café ne refroidisse.

4 moments de vie se succèdent dans le premier tome de ce roman, 4 « clients », occasionnels ou non, du café vont nous livrer leur histoire mais surtout leurs regrets ou remords avec l’espoir de remonter dans le temps et pouvoir effacer ce poids qui les hante.

J’ai apprécié l’ambiance de ce café atypique et les personnages travaillant ici. La fluidité et la facilité de lecture (malgré peut-être quelques maladresses de traduction) sont agréables. L’originalité de cette légende urbaine et surtout le questionnement autour de la véracité de cette possibilité de voyager dans le temps maintiennent le « suspens » mais j’ai regretté le manque de « dynamisme » de l’écriture. J’ai été un peu lassée de lire pour chaque histoire le (long) processus qui permet de réaliser son « voyage » et le manque de réaction des protagonistes (oui j’oublie toujours que les japonais n’ont pas la même façon d’extérioriser leurs émotions que nous !).

La suite du premier tome « Le café du temps retrouvé » donc, part déjà avec la difficulté de ne plus nous surprendre avec l’originalité de l’histoire, mais en plus la redondance des explications et les récits moins intéressants ont fini par me lasser. Certes retrouver les tenanciers du bistrot était plaisant mais le fumet du café du premier tome a laissé place à une saveur plus âpre dans ce deuxième opus. Je me suis perdue entre les tables du troquet et j’ai été ennuyée d’être désorientée entre tous ces noms se ressemblant.

On le sait, le café réchauffé perd de sa saveur et gagne en amertume. Je ne lirai donc pas le troisième ni le quatrième volet de cette tétralogie (« Le Café où vivent les souvenirs » et « Le Café des au revoir ») même si a posteriori et en écrivant cette « critique » je garde un souvenir presque mélancolique du premier de ces petits romans.

Jamme, jamme jà, funiculí, funiculà

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« On m’appelle Demon Copperhead » Barbara KINGSOLVER

Je viens de finir « On m’appelle Demon Copperhead » de Barbara KINGSOLVER. Prix Pulitzer 2023, ce roman est une petite pépite ! On le sait en lisant la quatrième de couverture et l’auteure le revendique, Demon Copperhead c’est le « David Copperfield » de Charles Dickens mais version moderne et Américaine (nous sommes dans le Comté de Lee en Virginie au fin fond des Appalaches dans les années 80-90).

Comment ne pas être émue devant ce héros, né à même le sol d’un pauvre mobil-home d’une mère junkie complètement défoncée et inconsciente et d’un père mort. Damon « se met au monde » tout seul et quand on commence comme ça dans la vie, difficile de se relever !

Damon (puis Demon pour certains ou Diamant pour d’autres) va vite comprendre la dure réalité de la vie, et sans l’aide de ses voisins (les Peggot, qui dans la famille « j’ai pas de bol », ont tiré un sacré nombre de cartes également) Demon ne serait sans doute plus là.

Kingsolver à travers ce roman brosse le portrait d’une Amérique blessée, dévastée… c’est l’Amérique rurale des laissées pour compte, des impuissants, des méprisés et des démunis. Damon va bien sûr en faire les frais. Ballotté de familles d’accueil plus véreuses les unes que les autres, placé « au petit bonheur la chance » (mais sans le bonheur ni la chance !) par des services sociaux dépassés et au comble de l’impéritie Damon tente de survivre malgré tout. Grâce à sa gouaille, sa résilience à toute épreuve et sa débrouillardise imposée Damon trace son chemin.

Au milieu de tout ça quelques rayons de soleil heureusement : Maggot (le petit « protégé » des voisins, Angus, la fille de son coach de sport, sa grand-mère, M. Dick et son cerf-volant rempli de poésie et Tommy ah… pauvre Tommy…). Phares au milieu de la brume, ces personnages se greffant à l’histoire de Damon renforcent le sentiment d’impuissance et d’incompréhension dans lequel évolue Damon.

Le scandale des lobbys pharmaceutiques ayant inondé d’opioïdes et autres antidouleurs (véritables porte-d ’entrée aux drogues dures) pour rendre accros tous ces démunis, la misère des Appalaches où les mines de charbon dévastées et surexploitées recrachent leurs mineurs dans le dénuement et la maladie. Les « Rednecks » , ces pauvres hères blancs, sans éducation, sans argent, shootés aux médicaments et autres drogues, parfois même violents, s’enveniment aux rêves que leur distille la vision des riches qui les toisent.

Ce roman, c’est une petite claque ! Comment ne pas être émue devant ce pauvre môme qui fait tout pour s’en sortir avec les moyens qu’il a, c’est-à-dire rien… conscient de tout ce qui se passe malgré son âge, malgré son manque d’amour, d’éducation, d’argent… Fataliste mais résilient, fort mais blessé, rempli d’espoir et d’une générosité sans faille, ce héros des temps moderne caractérise à lui seul le profond malaise et mal-être que Kingsolver pointe du doigt. Cette Amérique gangrenée par la drogue et la misère que l’on cache aux yeux du monde parce que l’Amérique c’est « l’American Dream » et non l’image qu’elle reflète désormais en réalité.

« On m’appelle Demon Copperhead » est sans conteste un des meilleurs livres que j’ai lu ces dernières années, un petit tsunami dont la vague une fois passée vous laisse une profonde entaille dans la mémoire littéraire.

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« Oh William ! » d’Elizabeth Strout

Je viens de finir « Oh William ! » de Elizabeth Strout. Quatrième livre de cette auteure que je lis après « Je m’appelle Lucy Barton », « Tout est possible », et son Pulitzer « Olive Kitteridge ».

On retrouve toujours les mêmes personnages chers à Strout et ici plus précisément Lucy Barton et son ex-mari William. Malgré leur divorce Lucy et William ont gardé un lien indéfectible et rempli de tendresse l’un envers l’autre. C’est pourquoi William à un tournant de sa vie va proposer à Lucy un « road trip » vers le Maine sur les traces d’une histoire de famille cachée.

Tout le long de ce road trip les souvenirs vont refaire surface chez William et Lucy et ils vont avec tendresse et délicatesse se remémorer des moments familiaux, leur mariage, leurs remariages, leurs enfants, leurs boulots… des moments de vie personnels. Et ainsi, sans voyeurisme aucun, on s’immisce doucement dans leur intimité et leurs sentiments, de vraies chroniques de la vie de couple.

Ce qui caractérise Elizabeth Strout c’est son style d’écriture, elle est très proche de son lecteur et nous « parle » comme si c’était notre amie, notre confidente et c’est, pour ce livre, encore plus exacerbé. Des paragraphes très courts, parfois sans liens particuliers, qui font états de moments de vie ou de réflexions lui venant à brûle-pourpoint en mémoire, comme pour appuyer son désir de partager avec nous ce souvenir ou cette pensée qui lui revient à l’esprit, comme si nous étions une vieille amie toujours là pour l’écouter.

C’est vrai, il ne se passe pas grand-chose dans ce petit livre et ce n’est, de loin pour moi, pas son meilleur, mais c’est la manière dont ce récit est exprimé qui nous plonge dans la nostalgie et la mélancolie ; une certaine douceur, un certain réconfort. Une histoire cocooning à lire au coin du feu dans un sofa moelleux sous un plaid avec un chocolat chaud et des grosses chaussettes !

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