Je viens de finir « La Cité aux murs incertains » d’Haruki MURAKAMI.
Murakami je connais bien, j’ai lu plusieurs de ses romans et nouvelles, assez même pour reconnaitre en quelques lignes son style, et là son style, onirique, solitaire et mélancolique est à son paroxysme.
Lire La Cité aux murs incertains, c’est accepter de marcher sans boussole. Comme souvent chez Murakami, le réel se fissure doucement, presque poliment, jusqu’à laisser passer le rêve — ou peut-être est-ce l’inverse. On avance dans une brume familière où les vivants croisent les morts sans s’en étonner, où les ombres se détachent des corps avant de disparaître, où des licornes meurent de froid comme si cela allait de soi. Au cœur de cette cité close, il n’y a pas tant des murs que des seuils : entre la mémoire et l’oubli, la solitude et le désir, l’existence et ce qui la prolonge ailleurs. Le héros, tout comme le lecteur, erre dans ce labyrinthe intérieur, habité par une mélancolie douce et persistante, presque ascétique.
L’imaginaire est somptueux, parfois vertigineux. Murakami déploie une profusion de métaphores et d’images qui donnent au roman des airs de rêve éveillé — on croit parfois traverser un film de Miyazaki ralenti, silencieux, où chaque détail semble chargé d’un sens secret. La bibliothèque sans livres, remplie de rêves à déchiffrer, en est l’un des plus beaux symboles. Pourtant, cette beauté a son revers. À force d’explications répétées, de cercles narratifs qui se referment sur eux-mêmes, le texte s’alourdit. Il n’y a pas réellement de suspense, peu de surprises : seulement des émotions diffuses, des rencontres délicates, et une lente immersion dans un état d’âme.
Chacun sortira de cette lecture avec sa propre clé — ou sans clé du tout. La Cité aux murs incertains ne se comprend pas, elle se ressent. On s’y perd volontairement, comme dans les ruelles d’un lieu dont on ne sait plus très bien s’il a existé ou s’il n’est qu’un souvenir persistant. C’est beau, parfois bouleversant, souvent frustrant. Un roman qui ne cherche pas à convaincre, mais à exister.
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