.
Je viens de finir « Veiller sur elle » de Jean-Baptiste Andrea
Quel superbe Goncourt que celui-là. Je ne suis pourtant pas de celles qui aiment les Goncourt avec ferveur, mais Veiller sur elle m’a saisie et enchantée.
Mimo et Viola… deux êtres à la fois fragiles et démesurés.
Lui, si petit par la stature et pourtant gigantesque par la grâce de ses mains, par ce talent qui dérange autant qu’il éclaire.
Elle, fille d’une puissante et riche famille du piémont Italien, brûlante de liberté, trop lumineuse pour l’époque qui voudrait la contraindre, trop précurseur pour un monde encore aveugle.
Leur histoire se déploie comme une fresque sculptée, vibrante de poésie, dans cette Italie de la région de Coni où la beauté de la vie se heurte au grondement de l’Histoire et à la puissance incommensurable de l’Eglise. Sur fond de première et seconde Guerre Mondiale et de fascisme montant, ces deux âmes sœurs que tout sépare — corps, condition, destin — restent attachées l’une à l’autre par un fil invisible, tissé d’art, de douleur, d’espérance et d’un amour qui ne dit jamais vraiment son nom.
Chacun enfermé dans un corps qui l’entrave : Viola, femme dans un monde qui la voudrait docile ;
Mimo, petit homme que l’on voudrait éteindre. Et pourtant, en eux, une grandeur indomptable.
Autour d’eux, une galerie de personnages d’une justesse, d’une humanité bouleversante. C’est une palette aux milles couleurs qui s’étale devant nous, un condensé de sentiments exacerbés entre amitiés, trahisons, tristesses et espoirs.
C’est un roman ample, riche, habité.
Six cents pages qui ne pèsent jamais : elles coulent, elles dansent, elles sculptent.
On y traverse la laideur des hommes, la beauté de l’art, et cette zone secrète où l’amitié, la loyauté et la douleur se mêlent pour devenir destin.
Pur, puissant, déchirant et lumineux, c’est un livre qui ne se lit pas seulement ; il se dévoile comme une œuvre d’art que l’on regarde longuement.
Veiller sur elle, c’est l’histoire d’une création, mais c’est surtout un chef-d’œuvre en soi — un roman taillé dans le marbre, vibrant encore de la chaleur des mains qui l’ont façonné.
.









