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Je viens de finir « Dead Stars » de Benjamin Whitmer.
Il y a des livres qui brûlent lentement, d’autres qui explosent — Dead Stars est un incendie qui consume tout sur son passage, sans répit, sans espoir de rédemption. Après l’extraordinaire « Les Dynamiteurs », que j’avais adoré pour sa singularité dans le désespoir, Benjamin Whitmer revient avec une œuvre encore plus sombre, plus dense, plus radicale. Il ne propose pas un simple roman noir, mais un gouffre. Un puits de violence et de silence dans lequel chaque personnage tombe à sa manière, emporté par une rage sourde, une douleur muette, une absence totale de lumière.
Ce qui saisit d’abord, c’est l’incarnation de la violence. Elle n’est jamais spectaculaire, jamais gratuite (quoique) — elle est organique, inscrite dans la chair et le langage, dans le moindre geste. Elle vient d’un monde où la tendresse est une faiblesse, où la survie se paie en brutalité, où les mots ne réparent rien parce qu’ils n’ont jamais vraiment existé. Ici, tout est non-dit. Les silences sont plus lourds que les dialogues. Les gestes contiennent des vies entières de rancœur, de colère, d’abandon.
L’histoire est simple : Plainview, Colorado, en 1986, Randy Turner 14 ans n’est pas rentré hier soir, et du coup ce matin c’est toute la vie de la famille Turner qui bascule, et nous avec…
Les personnages ? Ce ne sont pas des héros, encore moins des victimes. Ce sont des êtres fracturés, incapables d’aimer autrement qu’en détruisant, incapables de fuir autrement qu’en fonçant droit dans le mur. Il y a chez eux une forme de fatalité, comme si chacun était programmé pour échouer, pour exploser, pour haïr. Et pourtant, Whitmer ne les juge jamais. Il les montre dans toute leur complexité — leur violence comme leur vulnérabilité — et c’est là que réside la force du roman : dans cette empathie cruelle, ce regard sans complaisance mais profondément humain.
L’Amérique que dépeint Whitmer n’a rien de mythique. C’est une terre morte, rongée par la drogue, les armes, la pauvreté, les rêves pulvérisés. En filigrane l’auteur dénonce l’horreur du développement de l’industrie militaire nucléaire et tous les impacts terribles qu’il découle de cette activité.
Il n’y a pas d’échappatoire, pas de héros, pas de salut. Seulement des trajectoires qui se croisent, se heurtent, s’annihilent. On ne sort pas indemne de Dead Stars, parce qu’il ne nous laisse pas le choix. Il ne cherche pas à plaire, ni à consoler. Il montre. Et ce qu’il montre, c’est la vérité crue des âmes perdues, quand toute illusion a été balayée depuis longtemps. Je garderai en mémoire le mantra du livre que j’adore et qui résume tout : « garde la merde à hauteur de tes chaussures » !
Je suis ressortie de cette lecture vidée, remuée, presque en colère — contre le monde, contre les personnages, contre la vie. C’est une lecture qui marque au fer, comme une brûlure qu’on n’oubliera pas.
Benjamin Whitmer signe ici un chef-d’œuvre d’ombre, d’humanité pervertie, de rage pure. C’est sale, c’est dur, c’est magnifique.